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Espace Arthur Batut : André Kertész : Le Frère Voyant 

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 Installé au sein du Centre Culturel de Labruguière, à quinze minutes de Castres (Tarn), l’Espace Arthur Batut programme et produit régulièrement des expositions de photographes régionaux, et occasionnellement des œuvres patrimoniales, comme ici avec André Kertész (1912-1984). Dominique Blanc qui gère le lieu nous en parle plus précisément.

 

Jean-Jacques Ader : C’est une exposition clé en main que vous accueillez ?
Dominique Blanc : Oui, une fois n’est pas coutume. Elle vient du fonds de la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie. Kertész est assez connu du milieu photo mais pas tant que ça du grand public, et c’est quand même une grande figure de l’entre-deux guerres. Il a touché un peu à tous les styles, mais en revanche cette série regroupe toutes ses publications de 1931 à 1936 pour la revue Art et médecine, publiée par un labo de Saint-Cloud.

JJA : C’était une revue assez luxueuse avec une mise en page plutôt moderne
DB : En effet ; elle était gratuite bien que réalisée en héliogravure, ce qui lui assurait une bonne qualité d’impression, et distribuée aux médecins. Les articles étaient plutôt généralistes, l’actualité, la vie culturelle etc… D’autres grands photographes des années 30 y étaient publiés, comme Germaine Krull ou Emmanuel Sougez.

JJA : D’où vient le titre de cette exposition ?
DB : Alors, ce n’est pas le titre original, c’est un extrait de poème de Paul Dermée, écrit en préface de l’exposition de Kertész à la galerie Au sacre du Printemps à Paris en 1928 « Kertész, des yeux d’enfant dont chaque regard est le premier …/…  Kertész est un frère voyant » j’ai aimé le terme. On a donc rassemblé ces images, paysages, natures mortes, portraits d’inconnus ou de personnalités car il était très lié au milieu artistique de l’époque, comme cette très belle photo des mains de Paul Arma, qui tient ses lunettes, et qui était un compositeur français d’origine hongroise.

JJA : Cette période reflète aussi les débuts du professionnalisme de Kertész
DB : C’est sa période française, oui ; il entame une pratique régulière en arrivant à Paris, pendant une quinzaine d’années seulement. Profitant d’un contrat avec Keystone, il partira aux Etats-Unis car il est d’origine juive et la guerre arrive. Il restera y vivre tout en gardant contact avec la France, et d’ailleurs sa période la plus créative a été réalisée ici. Il n’a jamais vraiment appartenu à un mouvement, mais il était très proche des surréalistes, il a intégré le regard de la nouvelle vision, il avait des liens avec l’humanisme aussi dont il était un peu le précurseur.

JJA : Ici, on découvre beaucoup d’images que l’on ne lui connaissait pas
DB : Tout à fait. C’était aussi un photographe de presse, comme bien d’autres, ce qui lui permettait de travailler régulièrement. Dans cette expo, justement, on le voit développer cette pratique, avec ses contraintes éditoriales, et, quand même, quelques recherches visuelles et de composition proches de la nouvelle vision. La photographie n’était pas encore considérée à sa juste valeur, et ça devait être compliqué d’en vivre sans publication dans l’édition ou la presse. Le fait que les photographes numérotent leurs tirages est assez récent. Pour le magazine Art & Médecine il était amené à parcourir la France et ses régions, à rencontrer des figures de la culture, et la revue publiait aussi son travail personnel. Il a pas mal pratiqué la photo de nuit, moins assidument que Brassaï, mais quand même, on en retrouve ici avec leurs ambiances particulières.

Texte et interview par Jean-Jacques Ader

« Le frère voyant » exposition de photographies d’André Kertész à l’Espace photographique du Musée Arthur Batut à Labruguière (Tarn) du 6 Mars au 14 Juin 2025, entrée libre.
Informations : https://arthurbatut.fr/

 

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