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Emmanuelle Becker

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La Belle est Venue

L’Inconscient est une source d’imagination féconde et désordonnée : fragments de souvenirs d’une mémoire déstructurée, des images oniriques difficilement saisissables, une palette d’émotions aussi nébuleuses qu’énigmatiques.

Des images me viennent d’un monde enfoui. Elles remontent à la surface et me submergent d’émotion. Mais d’où sortent ces visions fugaces et indéfinissables, à la fois intrusives et séduisantes, craintes et recherchées ? Quels en sont les catalyseurs ? Un parfum ? Un visage ? Un objet ? Soudainement, je suis emportée. Je reconnais l’affolement, l’effervescence, l’angoisse, la secousse de quelque chose déjà intensément vécu et pourtant si intangible.

Les surréalistes avaient cette curieuse conception des objets qu’ils pensaient capables de révéler l’être intérieur, au moyen d’un transfert réciproque d’émotions. Comme eux, je collectionne des objets qui ont du sens et de la valeur pour moi. Objet perdu, trouvé, chiné, fabriqué, sculpté, artisanal, mais aussi naturel : une feuille, une pomme de pin, un nid d’oiseau, des branches recouvertes de mousse… Toutes sortes de trésors personnels amassés au hasard de rencontres surprises. Alors, comment traduire l’immense émoi qu’ils me procurent, c’est là ma quête artistique, la constante dans mon œuvre. Partager l’ivresse d’une connexion avec l’Inconscient enseveli.

Quand je l’identifie, cette chose libératrice d’émotions, je suis prolifique, à l’infini, je m’acharne comme quand on se réveille d’un rêve, et qu’on essaie frénétiquement de s’en rappeler dans ses moindres détails. Comme s’il me fallait rendre des comptes. On dit que le collectionnisme apporte un bien-être psychologique, la création aussi.

Pour cette série, j’ai photographié un mannequin, humain d’apparence, mais sans être, elle est ma marionnette. Entre nous se joue un échange profond, un dialogue sans parole. Intitulée La Belle est Venue, cet ensemble photographique m’a été inspiré par le buste de Néfertiti. De passage à Berlin, au lendemain du confinement sanitaire, j’ai eu l’extraordinaire chance de me trouver parfaitement seule dans le Neues Museum, à serpenter ses collections de l’Égypte antique. C’est là que je l’ai vue, la belle Néfertiti. J’ai été saisie par le réalisme de sa sculpture. Je me suis même surprise à vérifier si elle ne respirait pas, alors que moi je retenais mon souffle. Émue par sa beauté, à la fois immortelle et contemporaine, j’ai été troublée de la voir si seule, elle aussi loin de chez elle. Cette reine égyptienne est “d’une beauté convulsive”, aurait dit André Breton, sa magie est “émotionnelle et transformatrice”. La Belle est Venue, le titre du portfolio, est la traduction littérale de Néfertiti. Ce jour-là, j’ai eu l’impression de la connaître intimement, car je l’ai reconnue, son visage, son âme figurent dans mon inventaire intérieur. Par cette collection d’images, je tente de reconstruire, pièce par pièce, fragment par fragment, éclat par éclat, ces souvenirs qu’elle a remués en moi, pour leur donner forme et enfin les saisir. Dans ma photographie, je suis en quête d’une réalité au-delà du réel. Je tente de raconter des histoires humaines au travers de récits fictifs et de la vie dissimulée des objets.

Emmanuelle Becker

www.emmanuellebecker.weebly.com

@objectif_subjectif

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