Il y a des mots que l’on souhaiterait ne jamais avoir à écrire.
Jean-Jacques Naudet, le fondateur et l’éditeur de L’Oeil de la Photographie, nous a quittés dimanche.
La Photographie perd l’un de ses plus formidables champions, l’un de ses derniers piliers.
Jean-Jacques aimait la Photographie, et plus encore, il aimait les photographes. Pour lui, l’œuvre était indissociable de la personnalité de celui ou celle derrière l’objectif. À PHOTO, il a offert sa chance à tant d’entre nous, soutenant les plus jeunes, donnant une scène lumineuse à des photos qui ne seraient pas publiées ailleurs, protégeant l’héritage de ceux qui auraient pu être oubliés. Sans cesse, Jean-Jacques cherchait des images, écoutant nos rêves, nos luttes et nos dilemmes.
Il y aurait tant d’histoires à raconter, mais il n’aimerait pas ça. Mais quand même…
Quand Paris Match voulait publier Avedon, Jean-Jacques était le seul et unique émissaire possible. Henri Cartier-Bresson lui envoyait des fax de Paris à New York, où il s’était installé à la fin des années quatre-vingt en tant qu’ambassadeur du groupe Filipacchi. Déjeuners avec Sam Wagstaff et Guy Bourdin au Fouquet’s, verres avec Peter Beard au Raphaël, le Carlyle… D’innombrables amitiés et histoires ont rempli ses années, qu’il gardait discrètes, sinon secrètes. Quant à lui et moi, 40 ans d’amitié, au cours de laquelle je lui dois tant, mais je ne m’étendrai pas sur le sujet, il n’aimerait pas ça.
Pendant plus de 50 ans, il a été une référence, autant pour la Photographie classique que pour la Photographie contemporaine.
Il y a 15 ans, après un temps de retraite extrêmement bref, il a créé ce qui allait devenir L’Oeil de la Photographie et qui est aujourd’hui l’un des magazines de référence du secteur.
Chaque jour, il recevait des centaines de messages, les parcourant pour composer l’édition quotidienne du magazine. Je dois avouer que, souvent, il était bien plus ouvert d’esprit et moderne que moi.
J’aime croire que ses amis l’ont accueilli « là-haut » : Roméo Martinez, Roger Thérond, Helmut Newton, Cartier-Bresson, Avedon, Sieff, Bourdin, Doisneau, Demarchelier… la liste est longue mais sélecte.
Quelle formidable table de banquet !
L’Oeil de la Photographie poursuivra sa route avec son équipe à la barre, sur le pont chaque jour, guidant le navire avec l’œil et l’esprit de Jean-Jacques.
Godspeed mon Ami !
Gilles Decamps













