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Collezione Ettore Molinario : Dialogues #50 : Katy Grannan / Anonyme

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Le cinquantième dialogue, le dernier de notre première série, qui clôt près de cinq années de réflexions et de rencontres stimulantes, est un hommage à Jean-Jacques Naudet. Mon souvenir et ma plus profonde gratitude vont à cet homme extraordinaire, pour avoir initié en chacun de nous le dialogue le plus profond, le plus original et le plus exaltant avec la photographie.

Ettore Molinario

 

Amitié. C’est ainsi que Jean-Jacques Naudet concluait nos échanges, et son amitié — si précieuse et généreuse au fil des années — a été pour moi un don extraordinaire, un privilège qui va terriblement me manquer. Les dialogues de ma collection sont aussi nés de la complicité de Jean-Jacques et de son équipe éditoriale, qui nous ont soutenus dès le début, publiant chaque mois nos réflexions, provocations et découvertes pendant près de cinq ans.

En imaginant l’alchimie secrète qui se cache au cœur de chaque photographie — une alchimie qui rayonne de la rencontre entre deux images et fait naître une mystérieuse « troisième » — nous sommes arrivés au cinquantième dialogue. Dans la beauté adulte, pleinement mûre, de ce numéro, nous avons décidé de faire une courte pause et de poursuivre avec de nouvelles voix et d’autres projets.

Ce dialogue réunit donc les deux extrêmes, comme si je souhaitais offrir ma collection d’un seul regard : de Louise, travestie dans un daguerréotype anonyme du milieu du XIXe siècle, à Evie, jeune femme photographiée par Katy Grannan dans le comté de Humboldt, cette région mythique de Californie où, depuis au moins deux siècles, beaucoup ont choisi de se cacher. D’un côté, l’atelier d’un photographe ; de l’autre, un lieu où disparaître — peut-être l’endroit le moins photographique du monde, malgré la beauté du paysage dans lequel il s’inscrit, entre océan, rivières et forêts. Et pourtant, c’est précisément dans ce lieu, protégé par sa sauvagerie lointaine et accueillant parce qu’il se tient hors de la morale conventionnelle, que Katy Grannan a réaffirmé que disparaître est impossible : nul ne peut échapper à la séduction de l’image. Dans les eaux immobiles d’un lac, un reflet de soi apparaît ; le fond blanc d’un portrait posé est déjà là. Quelques siècles à peine séparent Narcisse de Nadar.

Lorsque Katy Grannan est arrivée dans le comté de Humboldt, elle ne connaissait personne — peut-être un problème pour une photographe. La solution fut une annonce dans le journal : « personnes recherchées pour des portraits ». Et les gens sont venus aussitôt, chacun offrant librement quelque chose de lui-même. Selon les mots de Katy Grannan, je peux dire, moi aussi, que pour moi photographier et collectionner la photographie, c’est « attendre une rencontre et découvrir quelque chose d’inattendu » chez les autres et en moi-même.

Au fil des cinquante dialogues et des cent photographies qui les ont façonnés, j’ai laissé entrouverte la porte d’une pièce secrète et j’ai attendu patiemment que « quelque chose d’inattendu » apparaisse. Parfois, c’était la face méconnue d’un grand auteur, ou la force d’un photographe anonyme ; parfois, l’élément féminin caché en chaque homme ; parfois encore, en poussant le regard vers les étoiles, c’était l’obscurité qui appelait, la matière noire, en nous et au-delà de nous, qui nous entoure, nous crée, nous détermine.

C’est pourquoi l’amitié de Jean-Jacques Naudet m’a été si importante, ainsi qu’à l’immense communauté de celles et ceux qui aiment la photographie. Son amitié était une lumière qui nous guidait et nous permettait de voir des choses jamais vues auparavant.

Ettore Molinario

 

DISCOVER THE COLLECTION DIALOGUES
https://collezionemolinario.com/en/dialogues

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