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Seconde biennale des photographes arabes : une édition de décalages

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Cette deuxième édition de la Biennale des Photographes du Monde Arabe Contemporain met en lumière, dans le prolongement de la précédente, des artistes qui développent une vision personnelle et originale du monde arabe contemporain. La représentation qu’ils en donnent semble à première vue poétique et fortement motivée par des intentions plastiques. Elle se distingue des images violentes et stupéfiantes, pour ne pas dire parfois suffocantes, qui nourrissent les médias à propos des nombreux territoires instables ou en conflit dans cette région. Celles-ci sont pour l’essentiel des instantanés dictés par l’urgence et transmis, il faut le rappeler, par des reporters qui opèrent le plus souvent au péril de leur existence. Les artistes de cette Biennale prennent quant à eux du recul, de la distance et du temps, relativement au tumulte de l’actualité. Ils s’en éloignent, voire l’ignorent, mais ce n’est probablement qu’en apparence ; car quelque chose les ramène toujours à des fragments de réalité, qu’elle soit sociale, culturelle ou historique, et ils y font référence indirectement, de manière plus ou moins détournée. Leur univers symbolique ou imaginaire se construit peu ou prou à partir du réel et ce sont ces décalages qui donnent de la substance et de l’originalité à leur projet photographique. C’est à cette interprétation de leur œuvre qu’ils nous convient.

À travers le prisme des travaux présentés dans cette Biennale, le monde arabe ne ressemble guère à ce qu’il était lorsque les photographes l’ont documenté au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, motivés essentiellement par des considérations archéologiques et portés par le goût de l’exploration — un témoignage qui s’avère aujourd’hui fort précieux quand on sait le destin de légendaires monuments et paysages devenus récemment cibles de la barbarie —. Le monde des photographes de la Biennale apparaît ici dans sa complexité. Aussi difficile à cerner que l’est son identité : « L’identité arabe – est-il besoin de le rappeler ? – est aujourd’hui multiple et ancrée dans des territoires en mouvements permanents » écrit Jean-Luc Monterosso [dans le catalogue de la Biennale]. Les artistes opèrent de toute évidence loin des clichés et répondent ainsi au souhait de Jack Lang : « Sortir des clichés les plus éculés sur le monde arabe, en révéler des réalités cachées […] : la photographie demeure un incomparable révélateur du formidable bouleversement qui, encore et encore, pétrit le monde arabe » [extrait du catalogue]. Nous dévoileraient-ils quelque chose que nous ne sachions déjà ?

Il s’avère que tous ces artistes manifestent une grande liberté par rapport à des genres établis, à des démarches qui interdiraient de traiter tel ou tel type de sujet ou de parler à la première personne. Ils adhèrent ainsi aux tendances qui caractérisent la photographie contemporaine : ils abolissent la frontière entre les postures documentaires et artistiques, regardent le présent à l’aune de l’histoire ou se projettent dans le futur, à l’instar des « peuples qui pensent leur futur en pansant leur présent » (Jean-Luc Monterosso). C’est ainsi que les artistes originaires du monde arabe croisent par leur démarche plastique et conceptuelle ceux du monde occidental, tout en travaillant sur certaines problématiques propres au territoire de leur création.

 

Gabriel Bauret

Gabriel Bauret est auteur et commissaire d’expositions à Paris. Ce texte est extrait du catalogue de la Deuxième édition de la Biennale des photographes du monde arabe contemporain, publié aux Éditions Silvana Editoriale. L’angle qui a été choisi pour rendre compte de cette biennale dans L’Œil de la Photographie met en lumière les travaux des artistes femmes dont la présence et la force s’imposent à nous. Elles sont au nombre de quinze sur les cinquante artistes exposés cette année.

 

 

Biennale des photographes du monde arabe contemporain
Du 13 septembre au 12 novembre 2017
Institut du monde arabe – Maison Européenne de la Photographie – Cité internationale des arts – Mairie du 4e arrondissement – Galerie Binome – Galerie Clémentine de la Féronnière – Galerie Photo12 – Galerie Thierry Marlat.
Paris, France

http://biennalephotomondearabe.com/

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