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Andreas Rentsch

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Lost and Found (Disparu et Retrouvé)

L’homme que je suis aujourd’hui, comme personne et comme artiste, a été marquée considérablement par mon enfance. Ayant grandi dans l’enceinte d’une prison en Suisse, où mon père était directeur, les interactions quotidiennes avec les détenus faisaient partie de la vie courante. Mon père croyait fermement en la réinsertion et en l’importance de traiter chaque être humain avec respect et dignité, quels que soient les crimes commis. Il arrivait que des détenus se joignent à nous à la table familiale. À l’âge de onze ans, je jouais régulièrement au football avec eux. L’un d’eux, Teitei, est devenu si proche de notre famille qu’après sa libération, n’ayant pas de famille à lui, nous l’invitions à passer une semaine de vacances chez nous.

Les souvenirs de cette période ont refait surface avec force en 2004, lorsque j’ai vu les images poignantes des abus, des humiliations et de la torture infligés à des prisonniers irakiens par des soldats américains à la prison d’Abou Ghraib. Comme Américains, nous étions censés être des libérateurs, sauvant l’Irak de la tyrannie de Saddam Hussein. Pourtant, ces militaires étaient devenus indiscernables des bourreaux que l’on associe habituellement aux environnements carcéraux secrets et oppressifs. Bien qu’il puisse sembler injuste de comparer ces deux contextes profondément différents, la prison d’Abou Ghraib et le pénitencier où j’ai grandi, ces images troublantes ont néanmoins ravivé mes propres souvenirs d’une enfance passée au sein d’une prison et des relations avec des personnes que la société ne définissait uniquement comme des criminels. Profondément bouleversé et personnellement affecté par les images d’Abou Ghraib, j’ai ressenti le besoin impérieux d’entamer ma série Entangled with Justice, ouvrant une exploration longue et introspective de la manière dont le destin, la géographie et la politique influencent l’administration de la justice. Cette expérience a confirmé mon intuition selon laquelle des forces extérieures, telles que la race, le climat politique et la pression de l’opinion publique en faveur de condamnations, prennent le dessus sur la recherche de la vérité et l’application équitable de la justice.

Il y a quelques mois, en rangeant mon studio, j’ai découvert plusieurs boîtes de tirages Polaroid Type 55 au format 4×5 inches, mis de côté. Ils sont issus de la série Entangled with Justice, sur laquelle j’ai travaillé de 2005 à 2010. Le film Polaroid Type 55, aujourd’hui abandonné, produisait à la fois un négatif noir et blanc de grande qualité et un tirage positif, tous deux développés simultanément en l’espace de trente secondes suivant leur retrait du châssis Polaroid 4×5’. Au lieu de fixer immédiatement le tirage et le négatif, je les ai laissés poursuivre leur processus de développement pendant des semaines, des mois, voire des années. Dans la plupart des cas, les tirages positifs sont devenus inutilisables, les réactions chimiques continues ayant souvent partiellement ou totalement obscurci les figures présentes dans les images. En revanche, j’ai viré les négatifs noir et blanc au sépia, et les impuretés apparues avec le temps ont donné naissance à des images fascinantes et uniques.

Cette série a été présentée dans plus de treize expositions muséales, dont une exposition individuelle au Musée de l’Elysée à Lausanne, en Suisse, et a également fait partie du Polaroid Project, une rétrospective consacrée aux artistes ayant utilisé les films Polaroid dans leur travail. The Polaroid Project a été exposé dans neuf musées sur trois continents.

En triant ces boîtes de tirages Polaroid redécouvertes, j’ai trouvé de nombreuses images offrant un nouveau potentiel pour une série, à condition de trouver un moyen de faire ressortir les personnages. A l’aide d’un pinceau et de peinture noire, j’ai tracé les lignes initialement dessinées à la lampe de poche et captées avec un appareil photo 4×5 inches, les personnages ont ainsi
«repris vie ».

En observant ces images récemment redécouvertes, je me demande si elles possèdent la même force et la même ampleur que la série originale Entangled with Justice. Une chose, cependant, est certaine : l’ensemble de mon travail est ancré dans une sensibilité morale directement liée à mon enfance. Ces expériences, à la fois visuelles et vécues, ont nourri en moi une profonde empathie pour la condition humaine, qui constitue une force directrice dans ma vie comme dans mon travail.

Website: www.andreasrentsch.com
Instagram : rentsch.andreas

Toutes les images : photo unique noir et blanc Polaroid Type 55 au format 4 × 5 inches, dessin de lumière réalisé entre 2005 et 2010, avec de la peinture noire ajoutée aux figures en 2025.

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