F.
Les choses duraient ainsi depuis fort longtemps.
Les femmes, qui subissaient ces injustices, ces viols, ces mariages forcés, ces excisions, ces jets d’acide, ces coups de marteau ou de fusil, la confiscation de leur ventre et de leur sexe, et bien d’autres avanies encore, avaient fini par manifester, brandissant la déclaration d’Olympe, hurlant qu’elles naissaient libres et qu’elles demeuraient égales à l’homme en droits. En vain, leurs cris se perdaient dans une immense clameur qui ne troublait pas la sérénité des hommes.
Un jour, cependant, le bruit de leur détresse atteignit les nuages et dérangea les dieux dans leur sommeil. Voyant que les hommes ne voulaient pas s’en occuper, les dieux décidèrent de prendre les choses en main. C’est ainsi qu’un beau matin, on les vit descendre la grande échelle, portant de grandes images.
Les hommes s’étaient précipités pour les accueillir, mais les dieux ne leur accordèrent pas un regard. Ils accrochèrent les grandes images sur un mur et appelèrent les femmes qui se tenaient à l’écart. Les dieux demandèrent si les grandes images disaient vrai. En cœur, elles répondirent “Oui!”. Ils firent venir les hommes et posèrent la même question. Seul le chant des cigales troubla le silence.
Alors chaque dieu se plaça devant un homme et une femme, et dit : “Homme, tu es maintenant Femme, Femme, tu es maintenant Homme”. Puis ils brûlèrent les grandes images et remontèrent la grande échelle.
Le dernier dieu disparaissait au bout de la grande échelle, quand un objet tomba découvrant un pied qui s’agitait, nu. Les hommes devenus femmes le ramassèrent et se regardèrent ébahis. C’était une bottine, une petite bottine rouge à talon haut.
Divine.














