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Visa pour l’Image 2025 : Sandra Calligaro : À l’ombre des drapeaux blancs

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C’est l’une des plus intéressantes expositions de Visa pour l’Image cette année.
Son titre : À l’ombre des drapeaux blancs.
La photographe : Sandra Calligaro.
Elle a accompagné ses photos de ce texte.
JJN

 

Le 15 Août 2021, à la faveur du retrait américain, les talibans reprennent le pouvoir en Afghanistan, vingt ans après en avoir été chassés. Dès leur retour, une chape de plomb retombe sur le pays. Les médias sont muselés, les filles exclues de l’enseignement secondaire, la musique interdite. Les femmes sont de nouveau sommées de se couvrir de la tête au pieds : dans les villes, les voiles des longues abayas noires flottent aux côtés des tchâdris bleu électrique. Ecartées de la majorité des lieux de travail et de socialisation, elles sont effacées de la sphère publique, claquemurées chez elles. Cette mise à l’écart est d’autant plus douloureuse, indicible, pour les citadines que l’Occident avait encouragées à s’émanciper et à voir le monde autrement.

Face à l’installation progressive de la théocratie, j’ai cherché à documenter le quotidien tragique des femmes : leur enfermement, mais aussi leur résilience. J’ai voulu dresser le portrait d’une société contrainte, qui s’adapte tant bien que mal et qui tente de résister aux décrets de plus en plus liberticides.

Repoussées à l’intérieur, les femmes trouvent pourtant le moyen de continuer à vivre malgré les restrictions. A l’abri des regards, des écoles clandestines accueillent des milliers de jeunes élèves. Bien que leur présence dans l’espace public soit limité, les femmes sont encore autorisées à exercer dans quelques secteurs comme la santé, l’art ou l’artisanat… des zones grises dans lesquelles elles s’engouffrent.

A travers des gestes qui peuvent nous sembler anodins mais qui révèlent dans ce contexte d’un véritable courage, les jeunes filles continuent de s’instruire – dans les salons des maisons, dans les caves ou via de programmes en ligne. Elles continuent de s’apprêter dans des salons de beauté opérant à rideaux tirés. Et puisque l’enseignement public leur est interdit au-delà de la 5ème, elles se tournent vers des cours artistiques – dans ces ateliers, elles y côtoient parfois des jeunes hommes. Elles défient la loi talibane, mais pas seulement : elle s’opposent aussi une société profondément patriarcale et conservatrice, où l’oppression ne se limite pas à la religion.

C’est un Afghanistan en demie-teinte que je donne à voir, suspendu entre espoir et mélancolie. Mon approche photographique se veut intimiste. Je porte une attention particulière aux intérieurs – derniers espaces de liberté pour les femmes. En tant que femme moi-même, je peux franchir la parda, ce rideau symbolique et physique qui sépare les sexes pour accéder à ces lieux clos où la vie féminine subsiste. A l’inverse, dans les photographies prises à l’extérieur, dans les espaces réservés aux hommes, l’œil cherche les femmes et peine à les trouver : elles sont devenues un détail dans l’image.

En filigrane, j’évoque aussi ceux qui, durant ces vingt années d’intervention internationale, ont grandi loin des villes, dans les zones rurales où l’aide ne parvenait pas. Les jeunes combattants talibans sont pour la plupart issus de cette jeunesse restée à la marge du progrès. Faute d’école, ils allaient à la madrasa, l’école coranique et dès l’adolescence, étaient recrutés pour le djihad. Ont-ils eu seulement le choix de leur destinée ?

Deux mondes, deux Afghanistan, écrasés par plus de quarante ans de conflits mortifères, s’entrechoquent : les rêves avortés des uns, les espoirs envolés, cohabitent avec le retour à la lumière des autres. C’est cette complexité – inhérente à la guerre, et qui fracture les sociétés – que mon travail tente d’embrasser.

Sandra Calligaro. Juin 2025

 

Sandra Calligaro : Afghanistan : À l’ombre des drapeaux blancs
Du 30 août au 14 septembre 2025
Hôtel Pams
18 rue Émile Zola
66000 Perpignan
https://www.visapourlimage.com/en/festival/exhibitions/afghanistan-a-l-ombre-des-drapeaux-blancs

Avec le soutien à la photographie documentaire du Centre National des arts plastiques et Brouillon d’un rêve de la Scam et du dispositif La Culture avec la Copie Privée.

 

Sandra Calligaro est également invitée à la table ronde « Raconter le monde en mutation – nouveaux regards  » avec William Keo, Aliocha Boi et Chloé Goualc’h qui se tiendra jeudi 18 septembre 2025 à la Maison Européenne de la Photographie, de 19h à 20h30, en écho à l’exposition Marie-Laure de Decker — L’image comme engagement.

La réservation est conseillée (mais pas obligatoire) : Raconter le monde en mutation – nouveaux regards : table ronde avec Sandra Calligaro, William Keo, Aliocha Boi et Chloé Goualc’h – La MEP

Sandra Calligaro est lauréate 2024 du prix Françoise Demulder

www.sandracalligaro.com

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