Notre étreinte sera longue, comme l’attente.
Cette série retrace une histoire personnelle et universelle de famille, de perte et d’appartenance. Elle aborde les thèmes de l’identité, de la migration et des frontières spatiales et émotionnelles, avec ma mère au centre de tout. Aujourd’hui, elle vit entre la Baranja, où elle a élevé sa famille, et son village natal de Stanari en Bosnie, où elle rend parfois visite à son frère et à sa sœur, ainsi qu’aux tombes de ses parents et d’un autre frère mort à la guerre.
Ces voyages occasionnels en Bosnie ne sont ni des fuites, ni des retours : ce sont des rituels d’appartenance : des promenades à travers les frontières sculptées par l’histoire, la politique et le temps, vers l’espace et le corps. La visite du cimetière devient son souvenir silencieux, un dialogue avec ce qui reste, et avec ceux que l’on ne peut plus atteindre avec la main, mais que l’on peut encore atteindre avec le cœur.
Cette histoire naît d’un lieu marqué par l’industrie et le dur labeur : la mine où travaillaient ses frères et la centrale thermique voisine symbolisent la vie collective. Je prends le charbon et l’or comme symboles du travail et de la valeur, que ma mère porte en elle, et la cire de bougie comme un rappel de la fugacité et de la mémoire. Le projet comprend également des objets de la maison – des pots, une vieille horloge, des photographies – non seulement des objets du quotidien, mais des traces de présence. On y perçoit encore l’odeur, la chaleur humaine, le travail et l’atmosphère.
Cette œuvre n’est pas seulement une archive personnelle, mais le récit d’un lien qui transcende le temps, la guerre et la séparation. Deux sœurs ont quitté la Bosnie ensemble pour la Croatie, mais la guerre dans le nouvel État les a séparées – l’une est restée en Baranja occupée, l’autre à Osijek. Pendant quatre ans, elles n’ont eu aucun contact entre elles et avec leurs familles en Bosnie. Elles se sont retrouvées à Baja, qui servait de terrain neutre en Hongrie, où se trouvait un camp de réfugiés. L’une a traversé la Croatie, l’autre est venue de Serbie. Cette rencontre, silencieuse mais chargée d’émotion, incarne tout ce que cette série porte en elle : la trace de la guerre et la force tranquille d’une femme à préserver, endurer et renouer ce qui a été séparé.
Une mère est comme un pont. À travers elle, les espaces se connectent, et le passé et le présent trouvent un langage commun. Dans sa simplicité et sa persévérance, il y a une résistance silencieuse à l’oubli. À travers cette série, son histoire devient la mienne, écrite dans la lumière, l’absence et la proximité. C’est ma forme de rédemption pour les moments où je n’étais pas plus proche, où je ne comprenais pas ou où je n’aidais pas. Peut-être ne savais-je pas comment. Je suis désolé.
Le titre du projet est tiré d’un poème de Desanka Maksimović, qui est aussi le nom de l’école de Stanari que fréquentait ma mère. Ce vers est un hommage à l’étreinte entre elle et sa sœur, mais aussi un espoir discret que nos rencontres avec ceux que nous avons perdus – un jour, quelque part, plus loin – dureront longtemps, comme l’attente qui nous a façonnés ici.
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Note : Toutes les notes et photographies sont présentées en cyrillique. Ce cadre visuel et linguistique contribue à l’authenticité de ce récit, ancré à Stanari, en Bosnie-Herzégovine, au sein de la Republika Srpska.














