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Sebastião Salgado : l’éloge de la dignité

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Archives – 13 décembre 2018

Le travail du photographe franco-brésilien est exposé au Musée de l’Homme à Paris pour célébrer le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Un itinéraire sur une planète où ce texte est plus que jamais d’actualité.

Deux hommes de dos, le regard rivé à l’horizon, les bras tendus dans une pose étrange rappelant la grâce des gestes d’un funambule. Des Indiens métis de l’État d’Oaxaca, au Mexique, remercient la déesse de la terre et de la fertilité en laquelle ils croient. À côté, une autre photographie captive le regard : un homme seul au milieu du Sahara, les dunes de sable s’étendant à perte de vue… « C’est Mohamed, mon chauffeur touareg quand j’étais dans le désert. » « Il prie. Il est tourné vers la Mecque », explique Sebastião Salgado qui a choisi d’ouvrir son exposition sur cet article de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ». L’article, comme beaucoup d’autres, est inscrit au sommet d’une cimaise et s’accorde parfaitement avec les photographies de Salgado. Il y a une évidence dans cette exposition, un mariage entre les mots et les images qui fonctionne de manière décisive. « J’ai toujours eu ce texte en tête depuis que j’ai commencé ce travail », confie le photographe.

Barbelés

En réalité, les photographies de Salgado sont une ode à l’humanité. Le photographe sait parfaitement saisir les individus impliqués dans la grande marche collective. Il sait les immortaliser au cœur des enjeux contemporains et en révèle toutes les nuances. Non loin de ceux qui prient, voici ceux qui souffrent. Des enfants derrière des barbelés en territoire croate occupé par les Serbes en 1994. Des jeunes filles qui viennent de subir une excision en Somalie et dont les jambes sont attachées par une ficelle pour éviter un déchirement de leur chair. Un jeune homme et son chien qui viennent d’être expulsés de chez eux pour loyer impayé, le 22 juin 1979 à Garges-lès-Gonesse, en France. Chez Salgado, il y a toujours une image de dignité, même dans la douleur. « Je cherche à préserver la dignité des êtres humains que je photographie », dit-il, répondant à la question : « S’il y avait un article de la Déclaration des droits de l’homme que vous retiendriez, lequel ? », « Le droit à la dignité ».

Kaboul

La dignité, c’est aussi le travail qui la protège. En Inde, au Rajasthan, une femme construit un immense canal. Vêtue de vêtements traditionnels, elle creuse une pelle à la main. Elle appartient à une caste d’ouvriers. Juste à côté, Salgado a photographié des pêcheurs en Sicile, en Italie. Ils pêchent le thon à la main, loin des méthodes modernes utilisées notamment au Japon, où les chalutiers capturent des dizaines de milliers de poissons. Pour Salgado, il est important de montrer cette humanité qui vit en harmonie avec son environnement. Un environnement parfois difficile : preuve en est cette photographie prise à Kaboul au lendemain de la victoire des talibans. La ville est en ruines et les gens continuent de vivre malgré les bâtiments en ruine. Là-bas, des gens trouvent refuge dans un camp humanitaire en Tanzanie. Nous sommes en 1994 et Salgado capte le regard d’une mère et de son enfant. « L’enfant est protégé par la mère, mais elle n’est pas protégée », dit le photographe, qui a pu réaliser cette image si bouleversante.

Jean-Baptiste Gauvin

 

Déclarations, Sebastião Salgado
Du 08 décembre 2018 au 30 juin 2019
Musée de l’Homme
17 Place du Trocadéro et 11 novembre
75116 Paris
http://www.museedelhomme.fr/

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