Rechercher un article

Robert de Wavrin de Villers-au-Tertre – Un marquis anthropologue et photographe

Preview

Le belge Robert de Wavrin de Villers-au-Tertre (1888–1971) a entrepris une vaste oeuvre photographique à propos des peuples d’Amérique du Sud. La maison d’édition Husson publie un livre sur ce travail émouvant.

Qui était cet étonnant aristocrate qui s’est pris de passion pour les tribus indigènes de divers coins d’Amérique du Sud ? Allant à la fois au Paraguay, en Argentine ou au Pérou, l’homme a fait de nombreux voyages à une époque où ces peuples étaient encore préservés des incursions européennes et a pu en rapporter un grand nombre de clichés qui fascinent aujourd’hui. Le livre publié par les éditions Husson nous raconte son parcours ponctué par un nombre impressionnants de voyages dans un environnement qui était alors difficilement praticable. C’est ce que nous pouvons observer dans les premières photographies de l’ouvrage consacrées à l’aventure que constituaient ces voyages. Nous voyons combien la nature était sauvage et l’homme si petit dedans… Surtout, nous avons un bel aperçu du dépaysement que devait vivre le marquis de Wavrin en se rendant dans ces contrées si lointaines de sa Belgique natale.

 Zones

« Que d’intenses souvenirs. Seule reste dans ma mémoire l’image des heures inoubliables passées au plus profond de la forêt immense, lorsque, les pieds dans l’eau ou dans la boue, le front courbé sous l’éclat d’un soleil implacable, je m’attardais auprès de ces êtres qui en sont encore à chercher leur voie dans un monde neuf : les Indiens et les fauves », écrit l’homme dans son journal de bord. De fait, il va réussir à pénétrer des zones difficiles d’accès et parvient même à se faire intégrer parmi les populations indigènes. « Pour comprendre la mentalité des Indiens, il faut se mettre à leur portée, abdiquer ses propres connaissances ou conceptions des choses et chercher à les voir avec les seules connaissances dont disposent ceux auprès desquels on s’informe. Il convient de vivre auprès d’eux et comme eux, de partager leur genre de vie, logeant dans leurs villages, voyageant, chassant et campant avec eux et au milieu d’eux. » écrit-il encore.

Tatouages

Ce qui frappe également, c’est comment cet individu a réussi à faire un véritable travail d’anthropologue alors qu’il cherchait, au départ, à s’évader de son pays dans des voyages exotiques. Ainsi, Robert de Wavrin abandonnera la chasse pour le plaisir qu’il pratiquait au départ comme un sport élégant – une galerie de photographies en attestent dans le livre où on le voit poser à côté de ses trophées – avant de ne plus chasser que pour sa propre survie dans la jungle. Mais c’est dans l’art du portrait que le photographe qu’il est devenu excelle, parvenant à attraper d’éblouissants visages, des gueules recouvertes de tatouages, des corps tendus à l’horizon du jour dans une nudité sidérante. L’ensemble enrobé d’une parole de philosophe : « Je me suis toujours présenté aux indiens en ami, franchement, sans armes, à découvert. (…) Du moment que l’Indien comprend que vous ne venez pas pour le rapiner, lui voler sa femme ou violer sa fille, mais pour partager sa vie, il vous adopte et vous ne pourriez pas trouver d’ami plus sûr ni plus hospitalier. Je dors plus tranquillement dans une hutte d’Indien que dans une chambre de grand hôtel. »

Jean-Baptiste Gauvin

Merci de vous connecter ou de créer un compte pour lire la suite et accéder aux autres photos.

Installer notre WebApp sur iPhone
Installer notre WebApp sur Android