En seize éditions, le festival Planches Contact a fait de Deauville une terre d’images, une ville qui pense l’image autant au cinéma qu’en photographie. Entretien avec son maire, Philippe Augier.
Planches Contact fête cette année sa 16ᵉ édition. Revenons d’abord sur les origines du festival, comment est née cette idée en 2010 ?
Lorsque je suis devenu maire en 2001, j’ai constaté que Deauville avait été photographiée par les plus grands depuis la naissance même de la photographie. Dès les années 1860, Eugène Villette photographiait déjà les villas en construction. Et pourtant, la ville ne possédait quasiment aucun fonds : aucune image, aucune valorisation de son histoire par la photographie. J’ai donc commencé par acquérir les photos anciennes liées à la ville et j’ai organisé quelques expositions sur les planches avec des images de grands noms : Jacques-Henri Lartigue, les frères Seeberger, etc.
Je me suis également dit qu’il ne suffisait pas de préserver l’ancien : il fallait aussi créer des images contemporaines. C’est ainsi qu’a été créé Planches Contact en 2010, pour les 150 ans de Deauville, avec un concept simple et unique : les expositions présentées au public sont produites sur le territoire, à l’exception d’une grande rétrospective annuelle. C’est près de 20 expositions, en intérieur comme en extérieur, qui sont présentées à travers la ville.
Cette logique de création sur site, fondée depuis plusieurs éditions sur des résidences à la Villa Namouna, reste aujourd’hui l’ADN du festival ?
Absolument. Au départ, les résidences se déroulaient uniquement à Deauville puis elles se sont ensuite étendues à l’ensemble du territoire normand, de la mer à la terre. Nous voulions aussi préparer l’avenir : c’est pourquoi nous avons créé le Prix des Jeunes Talents, qui invitait d’abord des étudiants de grandes écoles européennes. Désormais, la sélection se fait sur dossier et nous avons reçu cette année environ 300 candidatures. Cette identité a dès le départ été pensée par Bettina Rheims, qui m’a aidé dans ses conseils, et par le premier directeur artistique du festival, Patrick Rémy.
Le festival accueille en résidence de grands noms comme l’émergence photographique Comment fonctionne ce dispositif ?
Le principe est clair : nous rémunérons les artistes, nous produisons leur exposition, les tirages, les encadrements. En échange, ils nous laissent un certain nombre d’œuvres à la fin de la résidence.
C’est ce qui nous a permis de constituer un fonds photographique muséal exceptionnel, avec plus de 2 000 œuvres. Certains photographes, comme Kishin Shinoyama, ont laissé bien plus d’images que prévu. Larry Fink nous a donné l’intégralité de son exposition. Paolo Roversi, Charles Fréger ou encore Harry Gruyaert ont enrichi ce patrimoine.
Vous avez aussi un rapport personnel à la photographie…
Oui, je collectionne depuis longtemps, notamment des portraits de femmes célèbres réalisés par de grands photographes. La photographie a toujours occupé une place importante dans ma vie.
Les Franciscaines, inaugurées en 2021, sont devenues un élément central de la politique culturelle de Deauville. Comment ce lieu est-il né ?
Je viens d’une famille très modeste où la culture n’était pas présente. Je me suis toujours promis que si un jour j’avais les moyens d’agir, je rendrais la culture accessible à tous. J’avais d’abord imaginé une médiathèque avec une salle de spectacles. La crise de 2008 a stoppé le projet, mais nous avions déjà commencé les acquisitions. Plus tard, la possibilité d’acheter le site des Franciscaines s’est présentée. C’est un lieu immense. J’ai alors eu l’idée d’y rassembler toute l’offre culturelle — musée, médiathèque, auditorium, fablab, musée numérique — en veillant à ce que tout fonctionne de façon transversale. Aujourd’hui, on circule entre livres, expositions, projections et espaces de vie : c’est une véritable maison culturelle ouverte. Tout sur place est gratuit, y compris pour les enfants, à l’exception des grandes expositions.
La direction artistique du festival a été reprise par Lionel Charrier et Jonas Tebib. Leur avez-vous donné des orientations particulières ?
Je leur ai dit : Inventez, mais respectez l’ADN du festival. Ils ont introduit des nouveautés, comme la thématisation. Cette année, le thème du festival s’est construit sur l’idée d’« Intimités ». Ou encore la résidence offerte au lauréat du Prix Jeune Création, avec en 2025 une exposition au festival InCadaqués et une résidence à la Villa Pérochon, Centre d’art Contemporain Photographique à Niort. Ils ont aussi commandé une création à Myriam Boulos réalisée à Beyrouth, tout en restant dans la logique de commande artistique.
Vous souhaitez créer davantage de vie autour du festival. Qu’entendez-vous par là ?
Cette année, par exemple, la fête du samedi soir aux Franciscaines a été incroyable. Les gradins avaient été retirés, les lieux transformés en espace de fête jusqu’à 3 h 30 du matin. Photographes, journalistes, responsables d’institutions, tout le monde était là. Ce sont des moments qui soudent une communauté. Nous développons aussi les lectures de portfolios : cette année, elles se tenaient directement à la Villa Namouna, où résident les photographes invités. Cela crée une atmosphère familiale très stimulante pour les jeunes auteurs.
Festival Planches Contact 2025
18 octobre 2025 au 4 janvier 2026
planchescontact.fr














