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Paris Photo 2025 / Salon H – Rodrigo Braga

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Dans le cadre de Paris Photo 2025, Salon H présente Rodrigo Braga.

Le feu n’est pas une simple métaphore chez Rodrigo Braga : il brûle, consume, transforme. Né à Manaus, au cœur de l’Amazonie, l’artiste en fait le langage critique d’un monde en combustion. Pour Paris Photo 2025, la Galerie Salon/H présente un solo show centré sur Pedra Latente (2023–2025), série où la pierre devient foyer de braises souterraines et mémoire incandescente des territoires blessés. En écho, des images de Risco de Desassossego (2004) rappellent que, depuis vingt ans, Braga engage son propre corps dans une confrontation physique avec les éléments, transformant la photographie en champ d’expérience, de mémoire et de réparation.

Une mythologie de l’Anthropocène

La force de l’artiste tient à sa capacité à faire de chaque photographie un champ de tension. Dans Pedra Latente, le feu agit comme opérateur symbolique, énergétique et politique, révélant le fragile équilibre entre destruction et recommencement. À travers cette série, l’artiste élabore une véritable mythologie critique de l’Anthropocène : ses images rejouent le drame de l’origine à l’époque de la catastrophe.
L’œuf-grenade caché dans une caverne ou tenu dans la main incarne la promesse d’un monde à venir, déjà menacé d’implosion. La pierre en feu, enduite de pigment d’urucum — couleur de chair et de mémoire — ou le corps exposé à la flamme composent les épisodes d’un même récit : celui d’une nature blessée cherchant à se régénérer. Au-delà de leur portée politique, ces photographies frappent par leur beauté sobre et leur intensité formelle. Braga travaille la lumière comme une matière : les noirs, les rouges et les textures de peau ou de pierre confèrent à chaque image une densité silencieuse. Leur puissance tient à ce point d’équilibre entre la vie qui résiste et la matière qui se consume.

Le feu intérieur

Présentée en contrepoint, la série Risco de Desassossego éclaire l’origine de cette recherche, et fait de la brûlure son acte fondateur. On y voit un homme, les yeux clos, tandis que des allumettes se consument sur son front ou se plient contre son oreille. Ici, le feu n’est pas regardé, mais ressenti. Braga se retire du champ visuel pour transformer la vision en expérience intérieure : les paupières closes abolissent la distance entre le corps et la flamme. L’artiste devient à la fois support et témoin de sa propre brûlure. Cette série condense la dimension performative au cœur de son travail: la photographie y est un acte, un passage du corps à l’image, du geste à la trace.

Braga dialogue avec l’héritage critique de Frans Krajcberg, « l’homme brûlé », mais aussi avec une histoire élargie de la photographie contemporaine, où l’image cesse d’être surface pour devenir expérience, trace et inscription. Chez lui, la photographie n’est pas documentaire : elle est matière active, lieu de friction entre rituel et critique. Cette approche le relie à une lignée d’expérimentation qui font de l’image un champ élargi, à la croisée de la performance et de l’installation, où le geste corporel (brûlure, empreinte, dessin) déborde le cadre photographique.

Traverser la braise

La scénographie du stand matérialise cette conception. Braga recouvre le mur de charbon et de pastel, figurant une forêt en flammes. Les tirages y sont accrochés comme des foyers visuels surgissant de la paroi calcinée. L’artiste transforme ainsi le stand en zone liminale, entre cendre et recommencement où la photographie agit comme cicatrice et promesse de résistance.

Philippe Zagouri

www.salonh.fr

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