L’exposition consacrée à Giovanni Gastel au Palazzo Citterio, à Milan, surprend par son impact visuel et émotionnel. Au‑delà de l’exposition elle‑même, le lieu réserve d’autres trésors aux visiteurs. En effet, le palais, qui a ouvert ses portes au public à la fin de 2024, est la pièce maîtresse de la « Grande Brera », une réalité muséale unique qui conjugue tradition et modernité. On y découvre des chefs‑d’œuvre d’artistes italiens et internationaux, parmi lesquels Boccioni, Morandi, Modigliani, Picasso et Carrà. Mais revenons aux images de Giovanni Gastel. Avec plus de 250 photographies exposées, le visiteur peut retracer sa carrière à travers un prisme poétique et thématique, plutôt que chronologique.
Selon le commissaire Uberto Frigerio, la scénographie de l’exposition a également été inspirée par une recherche menée « parmi les textes et notes privés du photographe. L’intention était de laisser ses mots raconter chaque fragment de sa vie comme des chapitres émotionnels. Chaque section naît de ses pensées et de sa voix intérieure, car personne ne savait mieux que Giovanni transformer les souvenirs en images et les images en récits ». L’exposition (conçue par Giovanni Fiore) s’étend de ses premières couvertures de mode en 1977 à ses natures mortes les plus innovantes. Elle présente des Polaroïds sur fonds dorés, des campagnes qui ont marqué l’histoire de la mode, des portraits et bien davantage. Elle rassemble des objets personnels, des outils de travail et des écrits, ainsi que des poèmes, autant d’éléments précieux pour comprendre la créativité et l’imagination de Giovanni. Dans la bibliothèque de son studio, via Tortona à Milan, aux côtés de sa vaste collection d’ouvrages sur la peinture, la sculpture, la photographie et la poésie, Gastel avait aménagé une galerie d’images « privée », avec des portraits de ses amis et de sa famille, et d’autres souvenirs. L’exposition tente aussi de reconstituer son univers intime. Fait intéressant, certaines de ses compositions sont dédiées aux matériaux et aux équipements photographiques, ces outils du photographe pour fabriquer de la poésie.
« J’ai imaginé cette exposition comme un film que l’on rembobine pour retracer et tenter de revivre le parcours créatif de Giovanni Gastel », explique Uberto Frigerio. C’est un voyage commencé il y a longtemps et qui se poursuit à travers l’exposition, grâce aux différentes techniques photographiques et expérimentations présentées, accompagnées des propres mots de Gastel. Des mots qui nous aident à comprendre sa vision sur des sujets variés. Par exemple, à propos du portrait, Gastel écrivait : « Je ne suis pas un miroir. Je suis un filtre. Le portrait que je ferai sera vous, filtré par tout ce que je suis (mes peurs, ma joie, mes moments de solitude, mes poèmes)… »
« Ce fut en effet un long voyage, axé sur le dépassement constant du “connu” et sur la quête continue de la beauté, à la fois dans les photographies de commande et dans une créativité plus libre où, sans commande, il poursuivait ses fantasmes, tout en conservant toujours son élégance innée. Il portait en lui une légère inquiétude permanente qui le conduisait à dire : “Chaque matin, la quête de la perfection recommence, dans une poursuite qui est folie créatrice et joie profonde”. Cela inclut aussi sa quête de la photographie “parfaite” », ajoute Frigerio.
Gastel a grandi dans un milieu aristocratique milanais, et son style élégant, précis, cultivé, ironique et libre d’esprit est né d’un mélange de culture, de poésie et de pragmatisme. Influencé notamment par son oncle, le réalisateur Luchino Visconti (célèbre pour Il Gattopardo et Ludwig), il s’est formé au théâtre. Il écrivait des poèmes et s’est mis à la photographie en 1972.
Il ne reste plus qu’à observer les œuvres présentées : natures mortes ironiques, compositions qui semblent s’animer, Polaroïds grand format, mode, portraits, expérimentations continues, recherche de nouveaux langages photographiques. Gastel a créé des langages photographiques au moyen d’outils très divers, du banc optique aux technologies numériques. Il a poussé l’esthétique associée à ses limites en déformant, superposant et peignant les images, manuellement ou numériquement.
Selon l’historien de l’art, photographe et écrivain Guillaume de Sardes, Gastel « crée une esthétique du plaisir qui va à rebours de l’évidence du réel. Il appartient à un groupe de photographes qui pensent qu’une image ne consiste pas à capturer un “moment décisif”, mais à créer un espace pour la pensée. »
Pour lui, la photographie n’est pas un miroir du monde, mais une affaire de vision, nourrie non seulement par l’histoire de son médium, mais par l’ensemble de l’histoire de l’art. Gastel concevait la photographie comme une pratique quotidienne, marquée par l’échec, le doute et la répétition. Autant d’étapes nécessaires dans la recherche d’une forme idéale, et Gastel ne laissait jamais la technique décider à sa place. Au contraire, il la poussait sans cesse à produire quelque chose de différent de ce qu’elle promettait. »
L’exposition comprend également Le Madonne Candelore, un projet inédit créé par Gastel et Simone Guidarelli. Cette série devait s’inscrire dans un projet plus vaste, resté inachevé après la disparition prématurée de Giovanni en 2021.
Commissariée par Uberto Frigerio, produite par La Grande Brera avec l’Archivio Giovanni Gastel, en collaboration avec la Guardans-Cambó Agency, l’exposition Giovanni Gastel. Rewind est accompagnée d’un catalogue dirigé par Luca Stoppini et publié par Allemandi Editore.
Giovanni Gastel. Rewind
Du 30 janvier au 26 juillet 2026
Palazzo Citterio
via Brera 12, 20121 Milano
Italie
https://palazzocitterio.org/en/














