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Nice : Voyages photographiques de Patrick Swirc

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Le Théâtre de la Photographie et de l’Image de la Ville de Nice présente jusqu’au 24 mai 2015, une exposition consacrée à l’œuvre de Patrick Swirc. Cette exposition sera consacrée non seulement aux portraits mais également à des travaux plus personnels à ce jour inédits, comme ses séries de mode, sur les esprits, sur la mère des morts et enfin sur la Corée du Nord. 

Photographe français, Patrick Swirc intègre l’école de photographie de Vevey en Suisse après ses études secondaires. A Paris, il trouve sa voie dans le portrait et offre ses services à la presse avec laquelle il collabore régulièrement. Il photographie anonymes et célébrités pour les plus grands magazines (Libération, Next, Télérama, Elle…). Dans l’univers des people, des puissants, des fantasmagoriques, Patrick Swirc, auteur français prolifique et réputé, rend vrais ceux qui font souvent illusion. Il fait tomber le masque, sans violence, sans volonté de nuire, sans abus de pouvoir (car le photographe a le pouvoir de donner une image contraire à celle qu’on pense avoir ou offrir), de personnes qui ont l’habitude d’imprimer la pellicule. On ne sait pas s’il les aime, mais à l’évidence, ce photographe français aime les immortaliser. Chaque portrait devient une icone, ce qui n’est pas étonnant de la part de cet auteur qui adore les vanités.

« Patrick Swirc a rencontré la photo dans les pages de Paris Match. Ado, il y découvre la guerre du Vietnam que relate semaine après semaine les photoreporters. Un véritable choc qui va nourrir un rêve : celui de partir un jour au loin, couvrir les conflits, avoir la vie du héros moderne qu’est le reporter de guerre. En attendant, c’est à Vevey qu’il va apprendre les rudiments de la photographie. Déjà impatient, déjà amoureux de l’amour, il interrompt son cursus dans la prestigieuse école suisse au bout de deux ans pour suivre une strip-teaseuse à Pigalle !

Une rencontre avec Alain Benoît le directeur du très branché magazine Façade va définitivement enterrer ses rêves de grand reporter. C’est aux people qu’il va désormais s’attaquer. C’est le portrait de célébrités qui le rendra célèbre. Dalida, Gainsbourg, Nina Hagen, Mick Jagger sont quelques-unes de ses premières victimes. La presse se l’arrache, les maisons de disque suivent, les plateaux de cinéma le réclament. Il travaille vite, va à l’essentiel, ne se laisse pas impressionner. Il sait au bout de quelques clics si la photo sera bonne. Hier comme aujourd’hui, il aime insister sur la nécessité d’être deux pour faire une photo. S’il n’y a pas de rencontre, cela ne l’intéresse pas et la photo alors produite ne présente, à ses yeux, aucun intérêt.

Depuis bientôt trente ans, Patrick Swirc, 53 ans, tire le portrait presque quotidiennement des stars du show-biz mais aussi de la politique ou des affaires. Il travaille pratiquement exclusivement pour la presse, ce qui constitue actuellement une vraie prouesse. Télérama, Elle, Marie Claire, Paris Match, de l’air et bien d’autres continuent de faire appel à ce photographe motard aux allures de Corto Maltese avec ses rouflaquettes, ses tatouages et sa veste de marin ou de travailleur chinois. Patrick Swirc n’a pas « fait » la guerre mais a couvert le monde. Insatiable voyageur, notamment en Asie, cet homme toujours pressé prend son temps pour prendre le pouls de la Birmanie, se nourrir d’Inde, traverser le Vietnam, se confronter à la Corée du Nord, errer en Chine… Il est un vrai globe-trotter. On peut se demander d’ailleurs si cette recherche permanente ne correspond pas plus à son moi profond que ses clichés de stars. Durant ses voyages, Patrick Swirc continue pourtant son métier de photographe, mais pour lui. Finalement, ce qu’il aime, c’est photographier. Ici ou là-bas. Un Depardieu ou un bonze, une Deneuve ou un paysan afghan. Il part souvent seul. Il revient chargé de souvenirs, d’images, de sensations. Depuis toujours, il les consigne dans des carnets. Il y colle, découpe, peint, calligraphie. Il en ressort de véritables objets qu’il montre peu. Une sorte de jardins secrets qui retracent une vie sans frontière, à l’air libre. Depuis quelques années, il a réussi à mêler l’utile à l’agréable en mixant des séries de mode improbables en Mongolie ou au Kazakhstan… Une écriture nouvelle que ce technicien hors pair n’a pas eu de mal à maîtriser. Soumise d’ordinaire à un conformisme atterrant, la mode de Swirc est gaie, lumineuse, drôle, pas sérieuse. Elle donne bien entendu à voir de beaux vêtements, d’élégants accessoires, de jolies femmes mais s’inscrit toujours dans un décor authentique traversé par de « vrais » gens, surpris mais apparemment ravis de participer à ces images pour des journaux qu’ils ne liront certainement jamais.

Le portrait, les voyages, la mode ne suffisent pas non plus à résumer ce photographe hors pair. Il est aussi capable de voyager chez lui, dans son monde, celui des esprits, des vanités, de l’au-delà pour tirer le portrait de fantômes ou de créatures un rien diaboliques. Féru de yoga, végétalien, Patrick Swirc est intimement relié à ce qui ne se voit pas. Un paradoxe pour un fabricant d’images qui réalise pour son plaisir et la paix de son âme des séries vraiment noires. Celle sur les esprits, par exemple, créée chez lui, un véritable cabinet de curiosités où oiseaux empaillés cohabitent avec masques africains et os mis sous cloches. Ce travail, montré pour la première fois à Nice, est né d’une conviction : des esprits vivaient chez lui et le polluaient. Il les a donc traqués, matérialisés avant de les chasser. Il y croit dur comme fer, comme il est convaincu que la femme qui donne la vie donne aussi la mort. C’est « la mère des morts », une succession de tableaux de femmes hybrides, aux corps nus livrés aux griffes, aux crânes, aux ossements. Ce projet qui évoque Eros et Thanatos mais aussi Les fleurs du mal a été exposé il y a quelques années dans la galerie parisienne Thierry Marlat en 2010. Il est pour lui une façon de se familiariser, de se préparer vers l’au-delà qui le fascine. Il est la face sombre d’un artiste bien vivant, hyperactif, souhaitant s’exprimer sur tous les champs photographiques, sans la moindre restriction. »

– Propos de Stéphane Brasca, co-commissaire de l’exposition et directeur de la rédaction du magazine De l’air

 

La Corée du Nord

En janvier 2005, Patrick Swirc se rend en Corée du Nord. Même si ce pays est le plus hermétique au monde encore aujourd’hui, les touristes y sont autorisés à voyager, de façon très encadrée. Pour s’y rendre, on doit obtenir un visa et motiver les raisons de ce voyage. Parce que les photographes de presse ou les journalistes sont interdits de séjour, Patrick Swirc prétexte travailler dans la publicité et vouloir se rendre en Corée du Nord pour visiter un pays paradoxalement très à la pointe dans le secteur de l’image animée. Muni de son précieux visa, il y passe une semaine, encadré par deux guides officiels et soumis à un voyage organisé à la minute près, auquel il ne peut, lui comme les autres étrangers, y déroger. On lui fait donc visiter les splendeurs de ce pays communiste, les monuments à la gloire de ses dirigeants, deux stations « témoins » de métro, la zone démilitarisée… A l’exception de ses guides francophones, il n’a aucun contact avec la population locale. Ses déplacements à pied sont limités à l’extrême afin de ne pas entrer en contact avec qui que ce soit. Il voyage en voiture, en bus, d’où il prend la quasi-majorité de ses photos. Pour ne pas attirer l’attention des autorités, le photographe avait évité de se munir d’un appareil argentique avec son lot de pellicules, préférant s’équiper d’un petit appareil numérique. Grand voyageur, habitué à circuler librement, cette petite excursion en Corée du Nord reste pourtant un très grand souvenir pour ce photographe.

Les célébrités

Sa première photo publiée dans la presse est celle de la chanteuse Dalida, en pleine gloire en 1981. Elle sort dans le magazine Façade. Lui sort à peine de l’école de photographie de Vevey (Suisse) et vient de débarquer à Paris. La rencontre avec ce magazine branché va lui ouvrir les portes des plateaux, des loges, des scènes de toutes les célébrités à Paris ou de passage dans la capitale. Serge Gainsbourg, Nina Hagen, Mick Jagger sont quelques-uns de ses premiers people… Près de 30 ans après, il continue d’immortaliser régulièrement la planète show-biz. Pour Télérama, Marie Claire, Match, Elle, Libé, Première, de l’air… Il travaille vite, ne se laisse pas impressionner par son sujet, sans abuser de son pouvoir de photographe. Il donne confiance, il reçoit la confiance. Il puise au fond de ses modèles la part de vérité qu’il a perçue précédemment. Il la restitue en couleur, ou en noir et blanc. Chacune de ses photos est une rencontre, et si la rencontre n’a pas lieu, « la photo n’est pas bonne » a-t-il l’habitude de dire. Parmi les clichés qu’il a pris, certains comme celui de Clint Eastwood sont devenus de véritables icones.

La mode

Patrick Swirc a abordé la mode à sa façon. En franc-tireur. Sans complexes, sans références. Ses séries détonnent car elles s’inscrivent très souvent dans de « vrais » décors, avec des « vrais » gens et des « vrais » accessoires. On est loin de la succession d’images glacées, léchées, « fausses » et manquant cruellement d’humour. Ces incursions éphémères dans le monde du chiffon lui permettent d’allier son amour du voyage avec celui de fabriquer des images. Contrairement à ses photos de people, il peut travailler en équipe, bénéficier de plus de temps pour mettre en scène.

Les carnets de voyage

Son premier carnet de voyage était lié à une fiancée lors d’un voyage en Grèce. Quand le couple s’est séparé, Patrick Swirc a continué de garder une trace de ses voyages. Il colle, coupe, mixte dessins, photos, tickets de métro, coupures de journaux, plans, bref tout ce qui lui tombe sous la main et qui matérialise son séjour dans tel ou tel pays. Il calligraphie surtout. Une passion. Ses carnets, dont on peut apprécier ici seulement des extraits, sont les journaux intimes d’un globe-trotter. Ils représentent les dates, les souvenirs d’une existence passée à voir ailleurs…

La mère des morts

Convaincu que la femme qui donne la vie donne aussi la mort, Patrick Swirc a réalisé en 2010 cette série pour la galerie parisienne Thierry Marlat. Chacune des images a été prise chez lui, un véritable cabinet de curiosités, dont il puise allégrement pour accessoiriser ses modèles. Cette succession de tableaux de femmes étranges évoque Eros et Thanatos mais aussi Les fleurs du mal. Ce travail livre un autre aspect du photographe, sombre, trouble, troublé. La série des quatre photos intitulées « Portraits posthumes » témoigne de son attrait, pour ne pas dire son obsession, pour les femmes, nues, rondes.

Les esprits

Ce travail, réalisé en 2013, montré pour la première fois dans une institution, est né d’une conviction : des esprits vivaient chez lui et le polluaient. Il les a donc traqués, matérialisés avant de les chasser. Il y croit dur comme fer et confirme son intérêt pour l’irrationnel, le non-explicable, le mystérieux. Tout photographe qu’il est, il croit aussi à ce qui ne se voit pas. Ces images, faites également maison, sont aussi une façon d’exorciser la mort, de se familiariser avec et de se préparer pour le dernier voyage vers le fascinant au-delà.

 

EXPOSITION
Voyages photographiques de Patrick Swirc
Du 14 février au 24 mai 2015
Théâtre de la Photographie et de l’Image – Charles Nègre
27, boulevard Dubouchage
06000 Nice
France

http://www.tpi-nice.org
http://www.swirc.com

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