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Marissa Roth

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La traversée – Une méditation photographique sur l’océan Atlantique

Entre mai 2015 et mai 2019, j’ai été passager à bord du Queen Mary II lors de sept traversées transatlantiques entre New York et Southampton, en Angleterre. Ces traversées marquent ce que l’on pourrait considérer comme mes voyages de retour allégoriques vers l’Europe, en hommage à mes parents et, lors des traversées vers l’ouest, comme un retour sur les traces de leur destin. Fuyant ce qui allait devenir la Seconde Guerre mondiale, mes parents ont quitté indépendamment leurs foyers respectifs d’Europe de l’Est et ont navigué vers l’Amérique fin octobre 1938 à bord du Queen Mary original, où ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux. Leur passage sur les mers tumultueuses de l’automne s’est avéré plus qu’une simple décision pragmatique. Ce fut aussi un passage romantique et prophétique, non seulement à travers un océan, mais aussi de la peur à l’espoir et de la mort probable à la vie.

L’océan Atlantique est devenu pour moi un attrait pour comprendre leurs expériences lors de cette traversée transatlantique fatidique, et une toile pour étudier la géographie de la mémoire. Il a également éveillé l’aventurier en moi. Je voulais contempler la gracieuse vue à 360 degrés, ininterrompue, de la courbure de la Terre, et tenter de saisir l’échelle d’un océan, contrastant avec l’immensité du cosmos. Je voulais me soumettre à la rotation constante de la Terre vers l’est, ressentie et vue au rythme du lever et du coucher du soleil, à travers la lumière changeante qui se jouait à la surface de l’océan. Mes traversées élégiaques étaient une façon de m’éloigner du connu. Je pensais souvent à mes parents, à la façon dont ils avaient dit au revoir à tous ceux et à tout ce qu’ils connaissaient et aimaient avant leur traversée, à la fois douloureuse et heureuse, et à la signification plus profonde qu’elle avait dû prendre à mesure que les années de guerre s’accumulaient.

Ces voyages de continent en continent, à travers l’océan et le temps, ont marqué un nouveau chapitre de ma créativité en inaugurant un retour plus profond à la peinture, toujours avec la lumière. J’ai choisi de photographier avec de la pellicule couleur transparente, uniquement du point de vue de l’océan. J’aime toujours la pellicule pour son alchimie et son mystère, le caractère aléatoire de l’émulsion et la suspension créative nécessaire, ne pouvant voir le résultat qu’au développement. Ce médium est purement technique, instinctif et confiant. Le cœur de ma pratique créative a toujours été extérieur et physique, une question d’immédiateté et de lieu. Je ne voyage jamais avec des attentes quant à ce que je vais voir ou vivre : je me prépare du mieux que je peux, mais une fois le voyage lancé, je m’abandonne au hasard. Après la première traversée, je savais que j’en ferais d’autres, car j’avais besoin de conserver en moi la lumière de l’océan. À chaque traversée suivante, j’ai approfondi cette méditation photographique et cette exploration de ce sujet époustouflant, en approfondissant mon intériorité, en m’imprégnant de ce que l’on ressent à traverser un océan et en le comprenant sous l’angle émotionnel. Souvent, l’état de la mer reflétait mon propre état d’être.

https://marissarothphotography.com

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