C’est en 2010 puis en 2011, soit 25 années après l’explosion du réacteur Numéro 4 de la centrale nucléaire IV russe de Tchernobyl, située à 3 kilomètres de la ville de Prypiat, et à environ 130 kilomètres de Kiev, que le photographe bourguignon de Villecomte, Marc Jeudy, a réalisé près des lieux de la pire catastrophe nucléaire civile de notre histoire, un remarquable reportage en noir et blanc argentique en format 6X6. Aujourd’hui il nous fait partager ses importantes photographies.
Grâce à l’aide du père de sa belle-fille ukrainienne, il a pu s’approcher non sans risque, du site de la terrible zone interdite de 30 kilomètres délimités tout autour de la centrale nucléaire devenue ukrainienne depuis 1991 lors de la dislocation de l’URSS mais, qui depuis 2022 est passée sous le contrôle des forces armées russes.
Pour saisir ces images présentées ici, Marc ne disposait alors d’aucune protection spéciale, seul un détecteur de radioactivité Geiger lui permettait de se rendre compte des conditions radioactives, au fur et à mesure qu’il progressait, et qu’il avançait petit à petit sur le terrain souillé. En fin de parcours, nous passions debout le corps entier, les mains en l’air, comme dans une cabine de radiologie qui elle détectait la radioactivité. Le soir dit-il: « par précaution ultime je m’obligeais à prendre une douche! » .
Aujourd’hui encore, il se souvient point par point, de tout son périple. Une démarche très particulière dans cet enfer pour, dit-il, s’il le fallait, simplement témoigner, lui, dont toute toute sa vie d’artiste photographe portraitiste, a été entièrement consacrée à saisir calmement et avec passion, en studio comme aussi à l’extérieur, des visages, portraits et expressions de celles et ceux qui un jour, décidaient de faire le pas et de pousser la porte de son atelier / studio pour venir« poser » sereinement devant son objectif, un moment privilégié dans leur vie. C’était là, rue des Godrans en plein centre vile de Dijon.
On le voit, c’est une toute autre démarche que celle où cette fois-là, Marc va décider avec courage de s’approcher dangereusement, presque comme un reporter de guerre, de ce lieu maudit, désormais interdit aux humains et dont l’environnement naturel a été ce jour du 26 avril 1986 à 1h et 23 mn, à jamais complètement dévasté et définitivement rayé de la carte.
Certaines de ses photographies sont vraiment poignantes, elles ont été saisies, disons-le, incognito sur ces lieux totalement souillés par l’accident nucléaire.
Depuis, certaines de ses photographies ont été exposées à Is-sur-Tille puis à l’ambassade d’Ukraine à Paris et enfin aux Rencontres photographiques de Chabeuil dans la Drôme.
Parler encore aujourd’hui de cette catastrophe à travers les images de Marc c’est, selon lui, un engagement et un important devoir de mémoire, un hommage à toutes celles et ceux qui, pour de multiples et différentes raisons, ont perdu la vie pendant et après cette terrible catastrophe nucléaire. Au total, 200 000 personnes seront définitivement évacuées de la zone de cette centrale nucléaire de Tchernobyl.
Marc Jeudy est resté pour témoigner dans le secteur, une fois trois jours et la seconde fois quatre jours.
Jacques Revon
Journaliste honoraire, auteur, photographe.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Revon














