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LE BAL : Harry Gruyaert par Diane Dufour

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L’exposition d’Harry Gruyaert au BAL est magique.
Harry est un formidable photographe couleur.
Mais ce qui est magique aussi, c’est ce cadeau de Diane Dufour, l’âme du BAL, ce lieu unique : une journée entière de l’Oeil de la Photographie consacrée à Harry, à ses passions et thèmes préferés et commentée par de superbes textes.
Merci Harry , merci Diane , merci a tous qui ont contribué à cette journée.
Il y a des jours où l’on est particulièrement heureux de donner un peu de ce que l’on reçoit.

Jean-Jacques Naudet

 

Harry Gruyaert – La part des choses par Diane Dufour

Photographe né à Anvers en 1941, Harry Gruyaert est un des pionniers de la photographie couleur, au même titre que les grands américains qu’il a très tôt vus et aimés, Joel Meyerowitz, William Eggleston ou Stephen Shore. Loin de sa Belgique natale trop étriquée, le New York du début des années 1970 l’expose au Pop Art et « à regarder autrement la banalité, à accepter une sorte de laideur du monde et à en faire quelque chose ». Ses amitiés avec la nouvelle scène new-yorkaise (Gordon Matta-Clark, Richard Nonas) confortent ce que Le Désert rouge d’Antonioni, « vu mille fois », avait déjà distillé en lui : le besoin d’arpenter le monde, de s’y jeter avidement, non pour le désigner ou nous en informer mais pour le sculpter, le modeler. Transcrire sa perception des choses et non les choses elles-mêmes. Se faire voyant, pas témoin.

Harry Gruyaert a dit cette lutte physique, ce corps à corps avec les choses et les êtres : « Je me jette dans les choses pour éprouver ce mystère, cette alchimie : les choses m’attirent et j’attire les choses ». Dans la bande passante de la vie, alors que tout se dérobe et échappe et pour que « tout tombe en place », il faut être à la fois plus là et moins là, s’oublier soi-même pour saisir la matière, la texture, tout ce qui fait l’ici et le maintenant ; se soumettre, tout en en cultivant la prescience, à un ordonnancement instinctif des formes, couleurs, symboles, lumières, motifs.

Alain Bergala dans Correspondance new-yorkaise distingue deux types de photographes : celui qui croit en la réalité et fait de la photographie un art de la présence et celui qui vit le réel comme impossible et ne fait que fixer l’absence. À l’aune de cette distinction, Harry Gruyaert serait une anomalie, un photographe dont la présence viscérale au monde vise avant tout à en saisir le caractère fugitif, intangible. Des trajectoires isolées, des espaces disjoints, des corps en périphérie, tout concourt dans ses images à rendre l’absurdité du monde, le collage surréaliste de la vie et ses morceaux détachés.

Photographier peut donc aussi être cela : communier avec un état de solitude et dire un mensonge plus vrai que la vérité.

– Diane Dufour

 

L’exposition réunit pour la première fois 80 tirages d’époque réalisés de 1974 à 1996 selon le procédé Cibachrome qui se distingue par la netteté de l’image, l’intensité des couleurs et la saturation des aplats. Ce procédé, inventé par Bela Gaspar, un chimiste hongrois en 1933 puis commercialisé à partir de 1963, permet d’obtenir un tirage à partir d’une diapositive (pro­cédé dit positif-positif) par destruction des pigments incorporés aux couches sensibles du papier exposé puis développé. Ces tirages devenus rares ont été réunis exceptionnellement au BAL grâce aux prêts de plusieurs collectionneurs et de la Gallery FIFTY ONE à Anvers.

 

Harry Gruyaert – La part des choses
Du 15 juin au 24 septembre 2023
LE BAL
6, Impasse de la Défense
75018 – Paris
www.le-bal.fr

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