Commencée il y a plus de trente ans par l’antiquaire américain Stephan Loewentheil, la Loewentheil Photography of China Collection est aujourd’hui la plus vaste collection privée consacrée à la photographie chinoise du XIXᵉ siècle.
Ses quelques 14 000 images nous plongent dans la Chine impériale depuis les premiers tirages sur papier des années 1850 jusqu’aux dernières décennies de la dynastie Qing, au début du XXᵉ siècle. La collection retrace l’entrée du pays dans l’ère photographique et documente un monde en pleine transformation à travers les regards d’anonymes comme de quelques uns des plus grands maîtres de l’époque : John Thomson, Thomas Child, Liang Shitai, William Saunders ou encore Ernst Boerschmann.
Avec plus de quatre cents clichés, Stephan Loewentheil est également détenteur du plus importants fonds d’images de Lai Fong (1839-1890), figure majeure de la photographie chinoise du XIXe siècle. Son studio a vu passer les sommités chinoises et internationales de la dynastie Qing et de nombreux photographes se sont formés sous sa supervision.
Parmi les quelques pièces maîtresses du fonds figure un rare album du pionnier italo-britannique Felice Beato, regroupant les premières vues photographiques connues de Pékin et de spectaculaires panoramas de la ville. La collection compte par ailleurs un rare exemplaire de Foochow and the River Min (1873), autre monument de la photographie du XIXᵉ siècle. Cet album du photographe écossais John Thomson, qui a passé cinq ans à voyager à travers la Chine, brosse le portrait de la ville de Fuzhou (ou Foochow), le plus grand centre d’exportation de thé de l’époque, dans la province du Fujian, au sud-est de la Chine. Il documente par ailleurs le voyage de Thomson sur la rivière Min, qu’il remonta en bateau jusqu’à Nanping, sur une distance d’environ 260 kilomètres. Composé de tirages au charbon d’une qualité exceptionnelle, cet album fut édité à seulement 46 exemplaires.
Au-delà de leur valeur esthétique, cette collection constitue un précieux outil anthropologique. Elles offrent un aperçu de la vie et des cultures de la Chine d’alors : scènes de rue et commerces, portraits d’illustres, artisans au travail, paysages grandioses, architectures monumentales, rites et costumes. Entre monde rural et urbain, au fil de chaque cliché se dessine le portrait d’un pays à l’aube d’une transformation radicale.
Ensemble, ces photographies forment une archive visuelle unique de la Chine du XIXᵉ siècle, essentielle pour comprendre les fondements culturels et sociaux de la Chine moderne.
Zoé Isle de Beauchaine
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