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Images à la Sauvette, les mots d’Henri Cartier-Bresson

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A l’occasion de l’exposition Images à la sauvette à la Fondation Henri Cartier-Bresson, L’Œil de la Photographie publie un extrait du texte du livre Images à la Sauvette d’Henri Cartier-Bresson.

J’ai toujours eu une passion pour la peinture. Étant enfant j’en faisais le jeudi et le dimanche, j’y rêvais les autres jours. J’avais bien un Brownie-box comme beaucoup d’enfants, mais je ne m’en servais que de temps à autre pour remplir de petits albums avec mes souvenirs de vacances. Ce n’est que beaucoup plus tard que je commençais à mieux regarder à travers l’appareil, mon petit monde s’élargissait et ce fut la fin des photos de vacances.

Il y avait aussi le cinéma, Les Mystères de New York, avec Pearl White, les grands films de Griffith, Le Lys Brisé, les premiers films de Stroheim, Les Rapaces, ceux d’Eisenstein, Potemkine, puis la Jeanne d’Arc de Dreyer ; ils m’ont appris à voir. Plus tard, j’ai connu des photographes qui avaient des épreuves d’Atget ; elles m’ont beaucoup impressionné. Je me suis alors acheté un pied, un voile noir, un appareil 9×12 en noyer ciré, équipé d’un bouchon d’objectif qui tenait lieu d’obturateur ; cette particularité me permettait d’affronter uniquement ce qui ne bougeait pas. Les autres sujets étaient trop compliqués ou me paraissaient trop “amateur” ; je croyais ainsi me dédier à “Art”. Je développais et tirais les épreuves moi-même dans une cuvette et ce bricolage m’amusait.

J’avais découvert le Leica ; il est devenu le prolongement de mon œil et ne me quitte plus. Je marchais toute la journée l’esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits. J’avais surtout le désir de saisir dans une seule image l’essentiel d’une scène qui surgissait. Faire des reportages photographiques, c’est-à-dire raconter une histoire en plusieurs photos, cette idée ne m’était jamais venue ; ce n’est que plus tard, en regardant le travail de mes amis du métier et les revues illustrées, et en travaillant à mon tour pour elles que peu à peu j’ai appris à faire un reportage.

J’ai beaucoup circulé, bien que je ne sache pas voyager. J’aime le faire avec lenteur, ménageant les transitions entre les pays. Une fois arrivé, j’ai presque toujours le désir de m’y établir pour mieux encore mener la vie du pays. Je ne saurais être un globe-trotter.

Une photographie est pour moi la reconnaissance simultanée, dans une fraction de seconde, d’une part de la signification d’un fait, et de l’autre d’une organisation rigoureuse des formes perçues visuellement qui expriment ce fait.

C’est en vivant que nous nous découvrons, en même temps que nous découvrons le monde extérieur, il nous façonne, mais nous pouvons aussi agir sur lui. Un équilibre doit être établi entre ces deux mondes, l’intérieur et l’extérieur, qui dans un dialogue constant, n’en forment qu’un, et c’est ce monde qu’il nous faut communiquer.

Mais ceci ne concerne que le contenu de l’image et pour moi, le contenu ne peut se détacher de la forme ; par forme, j’entends une organisation plastique rigoureuse par laquelle seule nos conceptions et émotions deviennent concrètes et transmissibles. En photographie, cette organisation visuelle ne peut être que le fait d’un sentiment spontané des rythmes plastiques.

Henri Cartier-Bresson

Extrait de Images à la Sauvette, Verve, 1952.

 

Exposition
Images à la Sauvette
Du 11 janvier au 23 avril 2017
Fondation Henri Cartier-Bresson
2, impasse Lebouis
75014 Paris
France

www.henricartierbresson.org

Livre
En 2014, les éditions Steidl ont publié un facsimilé de l’édition originale de Images à la sauvette (et de la version anglaise The Decisive Moment) complété par un livret avec un essai de Clément Chéroux sur l’histoire de l’ouvrage.
98 euros

https://steidl.de

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