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Haus am Kleistpark : Cihan Çakmak : Leaving was the only option left

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Dans sa Projektraum, l’espace d’exposition du quartier berlinois de Schöneberg présente le travail de Cihan Çakmak, artiste d’origine kurde. Des photographies, des dessins, des images animées et des sons pour explorer les traces que laissent en nous les histoires héritées.

Une femme de dos. Des cheveux enveloppés dans un tissu gris-bleu taché de brun par la coloration en cours, un geste du quotidien saisi dans son intimité. Quelque chose retient pourtant dans ce visage entièrement dérobé et le drapé de ce vêtement à la couleur du ciel. L’image suspend le regard, entre le doux et le chargé. C’est précisément là que commence le travail de Cihan Çakmak : dans ce que le corps retient plutôt qu’il n’expose.

Née en 1993 d’une famille kurde installée en Allemagne, Çakmak construit une œuvre qui refuse aussi bien le témoignage documentaire que la confession intime. La série em fraktal en donne la clé. Le titre combine « em », le mot kurde pour « nous », et « fractal » – ce principe selon lequel chaque partie ressemble au tout. Tissant photographies, vidéo et son, Çakmak photographie d’autres femmes kurdes pour chercher un reflet d’elle-même et les traces, inscrites dans les corps, de blessures transmises de génération en génération.

L’accrochage de la salle principale dit autant que les œuvres elles-mêmes : petits et grands formats mêlés, encadrées ou à même le mur, dessins et photographies côte à côte. Parmi la couleur, une photographie en noir et blanc – deux femmes se faisant face dans un champ – reprend ce motif récurrent du visage détourné.

C’est dans cette même salle que les dessins aux couleurs vives déploient un registre parallèle et retiennent l’attention, ni illustratif ni décoratif. Exécutés au crayon de couleur dans un geste répétitif et appuyé, ils ont une texture presque tactile. Les sujets y sont fragmentés ou débordants. La végétation est davantage présente que les figures humaines – une grande inflorescence rose fuchsia, un bocal blanc d’où tombent des feuilles de menthe, des branches sinueuses traversant la composition, des feuilles en amande flanquant une virgule bleue, entre l’œil et la lune.

Where I Left You et My Sister and I forment les deux faces d’une même interrogation. La vidéo réduit le récit à des gestes et des vignettes : deux protagonistes traversent des phases de trouble et de deuil tandis qu’une voix tantôt murmurée tantôt brisée raconte des expériences auto-fictionnelles de guerre, de peur et de colère. Face à cette abstraction émotionnelle, My Sister and I est le contrepoint politique : Çakmak s’y représente avec sa sœur dans le registre du portrait classique, mais les vêtements et postures renvoient à la violence d’État exercée contre les Kurdes sans se réduire à une illustration. La série fonctionne comme une mise en accusation qui garde la forme d’un portrait de famille.

When we leave et not me not you prolongent cette exploration du corps et ses contraintes. Les poses ne doivent rien au hasard. Agenouillée en maillot rouge aux bras bandés comme une boxeuse, accroupie au sommet d’un rocher face à la mer, s’étreignant contre une paroi rocheuse ou enfouie face contre terre dans le sable : chaque image est une négociation entre le corps et ce qu’on lui impose. L’artiste ne semble pas chercher à résoudre les tensions qu’elle convoque entre tradition et émancipation, assimilation et redéfinition. C’est dans cet espace instable que ses travaux s’enracinent.

Noémie de Bellaigue

 

L’expositon de Cihan Çakmak est à voir à Haus am Kleistpark jusqu’au 12 avril 2026.

Haus am Kleistpark
Grunewaldstraße 6-7,
10823 Berlin
https://hausamkleistpark.de

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