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Galerie Roger-Viollet : Gaston Paris : « L’Équilibre du Carré »

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Une lecture critique de la photographie moderne française

La Galerie Roger-Viollet consacre une rétrospective majeure à Gaston Paris, photographe français longtemps négligé malgré une carrière prolifique et une influence durable sur la photographie moderne. Intitulée L’Équilibre du Carré, l’exposition présente 58 tirages en noir et blanc qui mettent en lumière l’usage systématique du format carré et la rigueur géométrique de son regard, tout en révélant sa capacité à conjuguer précision formelle et poésie visuelle.

Cette rétrospective s’inscrit également dans le cadre de la 14ᵉ édition du festival Photo Saint-Germain (6–30 novembre 2025) et poursuit la redécouverte de l’artiste initiée par l’historien Michel Frizot, qui souligne : « Gaston Paris est un virtuose des éclairages difficiles, insuffisants ou trop contrastés, et des contre-jours, il sait où se placer dans l’espace pour donner la vue la plus impressionnante, qui n’est pas celle du spectateur lambda. Sa photographie devient un spectacle en soi, spectacle de substitution mis à disposition de tous les lecteurs. »

Formé au journalisme et actif dès les années 1930, Paris collabore avec des publications emblématiques comme Vu, où il est l’unique photographe salarié, ainsi que Regards et Art et Médecine. Membre du groupe « Le Rectangle », aux côtés de Pierre Jahan et Emmanuel Sougez, il développe un langage photographique singulier, où composition rigoureuse et audace formelle transforment chaque image en expérience esthétique et intellectuelle. Son œuvre oscille entre reportage social et expérimentation formelle, capturant le paquebot Normandie, la soufflerie aéronautique de Chalais-Meudon, les ateliers ferroviaires, les chantiers de construction, ainsi que les paysages urbains et industriels, de la Tour Eiffel aux coulisses de l’Opéra Garnier. Chaque cadre carré est pensé avec une rigueur élégante, transformant le quotidien en scène équilibrée et fascinante.

Moins connu que certains de ses contemporains, Gaston Paris demeure un témoin essentiel de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. Son travail s’inscrit dans une esthétique proche du surréalisme et du « fantastique social », explorant les marges de la société et captant gestes, regards et ambiances avec une précision quasi cinématographique. Des coulisses des cabarets parisiens aux fêtes foraines, des quartiers populaires aux événements majeurs, il saisit l’éphémère avec une sensibilité rare. Collaborant avec Man Ray, Robert Capa ou Germaine Krull pour le magazine Vu, il réalise des reportages couvrant le cinéma, le théâtre, la chanson et les événements politiques, combinant curiosité sociale et exigence formelle pour faire de chacune de ses images à la fois un document vivant et une œuvre d’art. Selon Blind Magazine, « la composition, l’éclairage et le point de vue original du photographe l’avaient convaincu », mettant en avant l’originalité de sa vision et de ses cadrages.

 

« Une pratique photographique entre reportage et abstraction »

 

Certaines compositions emblématiques illustrent parfaitement son approche : la soufflerie aérodynamique de Chalais-Meudon, transformée en sculpture photographique par la répétition des structures et les lignes de fuite ; la Tour Eiffel illuminée à l’Exposition universelle de 1937, où monument et lumière se fondent en motif graphique ; les portraits de Simenon, Cocteau, Piaf et Jouvet, où chaque cadrage carré révèle une intimité rare et une sensibilité psychologique subtile. Ces œuvres démontrent la capacité de Paris à saisir l’essence de ses sujets dans une esthétique rigoureusement construite, mêlant documentation et abstraction.

Comparé à ses contemporains, il se distingue par l’équilibre qu’il instaure entre reportage et composition graphique. Alors que Robert Capa privilégie l’instant décisif et Man Ray l’expérimentation surréaliste, Gaston Paris combine ces dimensions pour produire des images qui sont à la fois des documents historiques et des objets esthétiques. Sa capacité à intégrer la dimension humaine et poétique dans les paysages industriels ou urbains le différencie également de Germaine Krull, plus centrée sur l’abstraction architecturale.

Après sa mort en 1964, l’Agence Roger-Viollet acquiert l’ensemble de sa production – près de 15 000 négatifs, conservés à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. La rétrospective de 2022 au Centre Pompidou avait amorcé la reconnaissance de son influence, tandis que la galerie Roger-Viollet propose aujourd’hui une lecture critique et approfondie de sa méthode, mettant en lumière sa contribution à la structuration formelle de la photographie moderne et sa capacité à transformer le réel en composition graphique et poétique.

L’Équilibre du Carré offre ainsi au public l’opportunité de redécouvrir Gaston Paris comme un photographe majeur du XXᵉ siècle, dont la maîtrise du cadrage et de la géométrie révèle l’intensité poétique de chaque image et fait de son œuvre une chronique sociale et historique inégalée de la société française en mutation.

 

Informations pratiques : Galerie Roger-Viollet, 6 rue de Seine, 75006 Paris. Dates : 2 octobre 2025 – 17 janvier 2026. Horaires : lundi–samedi, 11h–19h.

 

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