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Galerie MEM : Les horizons mornes d’Osamu Kanemura

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Nichée dans un bâtiment lumineux du quartier d’Ebisu, à Tokyo, la galerie MEM présentait jusqu’au 12 avril Skeleton Goats Dust Storms, une exposition du photographe Osamu Kanemura. Connu pour ses images des paysages urbains tokyoïtes, il propose ici une immersion crépusculaire dans les périphéries de Pékin.

Après avoir gravi des escaliers de bois blanc, s’ouvre à nous l’univers intimiste de la galerie MEM (Multiply Encoded Messages) à Tokyo, fondée par Katsuya Ishida en 1997. Jusqu’au 12 avril, ses murs se sont parés des tirages contrastés du photographe japonais Osamu Kanemura, issus de sa série Skeleton Goats Dust Storms, réalisée à Pékin au lendemain des Jeux olympiques de 2008.

L’exposition accompagne la parution de l’ouvrage éponyme. « Je suis parti une semaine à Pékin, encouragé par Etsuro Ishihara, de Zeit-Foto Salon. Il pensait que j’y trouverais des paysages délabrés. J’ai pris ces photos à l’époque, mais je ne les avais jamais publiées jusqu’à aujourd’hui », précise l’artiste. Conçue en collaboration avec Katsuya Ishida, l’exposition présente également des images inédites, absentes du livre. « Celui-ci se concentre sur les zones dévastées. Pour l’exposition, je voulais davantage d’équilibre, avec des scènes de rue et des animaux de zoo. En ce sens, elle est un peu plus “pop” que le livre », s’amuse Osamu Kanemura.

Amas de vélos, pandas par dizaine et autres motifs insolites côtoient ainsi des paysages dépouillés de toute présence humaine, où le néant semble composé de taches d’huile, de mauvaises herbes et de misère. Dans la seconde salle de la galerie, quatre photographies en témoignent : « Elles donnent une sensation d’étouffement », ajoute-t-il. Par ailleurs, il écrit dans l’ouvrage : « Au Japon, la nature et la vie humaine sont intimement liées, alors qu’à la périphérie de Pékin, cette intimité est totalement inexistante. Ici, la nature et l’humanité refusent de coexister. »

Sappukei et influence cinématographique

 Osamu Kanemura convoque alors le concept de Sappukei pour décrire ce refus de coexistence entre la nature et l’humanité. « Il y a ce mot en japonais, “Sappukei”, composé des idéogrammes “meurtre” et “paysage”, qui désigne un paysage dont toute émotion a été arrachée. Dans les banlieues de Pékin, il y avait cette sensation de rugosité, qu’on retrouve aussi dans certaines périphéries de Tokyo, comme Gunma ou Saitama. En découvrant ces paysages en Chine, je me suis demandé : “Est-ce que le Japon va devenir comme ça, lui aussi ?” », s’interroge le photographe.

Une rivière aux berges jonchées de débris, des horizons balayés par une tempête de poussière, comme le suggère d’ailleurs la seconde partie du titre de la série Dust Storms, composent un univers visuel désolé. Cette référence fait écho à une scène du film Love Streams de John Cassavetes : « Il y a un moment où la porte d’une maison s’ouvre brusquement et des animaux s’engouffrent à l’intérieur. La bâtisse qui tenait debout jusque-là finit par ressembler à un tas de détritus. L’harmonie est rompue, tout devient confusion. »

Le photographe revendique d’ailleurs l’influence du cinéma, jusque dans la conception du livre. « J’ai une conscience très cinématographique de sa construction. Cela commence par une entrée, puis des plans se répondent… Par exemple, si un chemin apparaît sur une page, je veille à ce que la suivante lui fasse écho ou propose un contraste. C’est cette sensation que je voulais retransmettre : un labyrinthe morne et dépouillé. Le chemin semble se poursuivre tout droit, mais l’on finit par s’y perdre », conclut-il. L’exposition encapsule cette désolation profonde, laissant à chacun la possibilité d’imaginer ce qui se joue en dehors du cadre.

Marie Baranger

 

Osamu Kanemura – Skeleton Goats Dust Storms
Galerie MEM
Du 21 mars au 12 avril 2026
Ouvert de 12h à 18h sauf les lundis

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