C’est l’email le plus charmant de la semaine. Il nous vient de Bertrand Bonnefoy :
Bonjour,
J’ai rencontré le fils de l’opticien de Henri Cartier-Bresson et j’ai fait une petite interview. – Bertrand Bonnefoy
« Je connaissais Henri Cartier-Bresson. Je l’ai surtout connu entre 1964 et 1984, parce que mon père, Jacques Jabot, était son opticien. Il tenait un magasin d’optique au 3, rue Saint-Roch. Mon père est resté dans ce quartier pendant cinquante ans.
Cartier-Bresson perdait souvent ses lunettes. Il venait donc régulièrement voir mon père. Ils se sont connus pendant environ cinquante ans. Henri habitait au coin de la rue. Moi, j’ai des souvenirs entre mes 10 et 30 ans : le samedi matin, Henri discutait avec mon père, de vision, de correction, d’optique… Il était là, avec son petit appareil photo autour du cou, un autres souvent dans sa poche, un regard perçant, pas très grand, toujours calme. Ils ne parlaient pas beaucoup, mais ils s’entendaient bien.
Ce qui est intéressant aussi, c’est le lien entre son travail et celui de l’opticien. Mon père avait étudié à l’école d’optique, mais aussi la photographie. Il était un des premiers à proposer des verres progressifs bien conçus. Comme il était aussi formé en photo, il savait ce qu’était une image nette. Par contre, il détestait les photos avec un contre-jour. Il ne supportait pas ça. »
Photographier ce que je vois dans l’espace public !
« Je me souviens vers 1973, je suis sorti avec lui au jardin des Tuileries. Par hasard un défilé de mode en plein air, où étaient présentées des robes de mariée. Fidèle à son instinct, il avait sorti son appareil pour capturer quelques clichés. Mais l’un des organisateurs s’en est pris à lui, lui reprochant de photographier les créations sans autorisation.
Henri est resté calme, mais ferme. Il a répondu quelque chose comme : « C’est mon travail, je fais ça partout dans le monde. Vous n’êtes pas celui qui va m’interdire de photographier ce que je vois dans l’espace public. »
Les dessins de Cartier-Bresson, sont proche de ma sensibilité de « l’instant ». Il réalisait des carnets de croquis, principalement des paysages, dessinés rapidement sur le vif, à la manière des croquis d’Eugène Fromentin. Cette approche, à la fois spontanée et attentive, fait écho à sa photographie, centrée sur le moment décisif. L’idée commune : saisir la vérité d’une scène dans sa fugacité, sans mise en scène ni artifice. »
Propos recueillis et image par Bertrand Bonnefoy














