La Fondation Jean-Luc Lagardère attribue chaque année des bourses à de jeunes créateurs dans plusieurs disciplines, parmi lesquelles la photographie documentaire. En 2024, le jury présidé par Clément Chéroux a choisi d’accompagner le projet de Léo d’Oriano autour d’un sportif gallois pratiquant la boxe à mains nues, une discipline que présente lui-même le photographe : « Le bare knuckle boxing était un sport populaire dans les années 1800 au Royaume Uni, avant d’être interdit en raison de son extrême violence et des trop nombreuses blessures subies par ses pratiquants. » [Après avoir été jugés illégaux, ces combats ont été réintroduits progressivement aux États-Unis et en Europe, et ils connaissent aujourd’hui un regain d’intérêt.] La violence nue, crue, du bare knuckle boxing est le spectacle le plus intense et brutal auquel j’ai jamais été confronté. Je souhaite comprendre les trajectoires et les histoires de ces personnes qui font vivre cette pratique, cet univers. J’ai en effet l’intuition que raconter ces histoires et documenter le phénomène d’engouement collectif croissant pour ce sport permettrait de sonder l’essence même de notre rapport à la violence aujourd’hui. »
C’est en 2023 que Léo d’Oriano découvre en Angleterre cette pratique et va faire la connaissance d’un boxeur, Dean Taff Morris : il décide de le suivre au cours de ses séances d’entraînement et ses compétitions, mais aussi dans le quotidien de sa vie familiale. Il souhaite comprendre d’où vient ce désir de pratiquer un sport si violent, et en parallèle, entrer dans l’intimité de son cercle familial où règne une atmosphère qui contraste avec la brutalité de ce qu’il voit sur les rings.
Du boxeur, il se dit « frappé par la douceur de son visage et de ses expressions. C’est cette douceur ressentie comme paradoxale dans cet environnement qui a été le déclencheur de mon envie de photographier ce monde et ses protagonistes ».
La bourse de la Fondation lui permettra ainsi de « documenter l’envers d’une pratique » et de mettre en avant ce paradoxe qui habite le destin d’un tel personnage.
Un projet qui s’inscrit dans le prolongement de ses travaux antérieurs dans lesquels il a montré sa capacité à s’immerger dans une communauté, un univers social, et à traduire visuellement son empathie. C’est certainement cette qualité qui a valu à cet ancien élève de l’école des Gobelins de participer à une commande collective du ministère de la Culture orchestrée par la BnF : « Radioscopie de la France : regards sur un pays traversé par la crise sanitaire » ; et antérieurement, en 2020, de mener en baie de Somme un travail sensible intitulé « À bas bruit », sur les relations amoureuses au sein de la jeunesse.
Gabriel Bauret













