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Éditions Equator : Félix Cholet et Olga du Saillant : Tombé du ciel

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Les photographes Félix Cholet et Olga du Saillant publient leur premier livre à quatre mains, Tombé du Ciel, aux éditions Equator. 

L’histoire pourrait commencer ainsi : un personnage atterrit quelque part et commence à arpenter ce quelque part.
Or le personnage est constitué de deux photographes, très différents mais si complémentaires qu’il serait impossible de dire, à la fin, qui a pris quelle photo. Le regard doublé s’en trouve plus grand. Il n’y a pas non plus d’histoire à proprement parler. On choisit la poésie, qui est comme chuchotée depuis les failles, portée par les vents et l’écume.

On peut continuer à soustraire, pour atteindre le même dénuement que ce qui apparaît dans cet ensemble de photographie. Soustraire, déjà, tout le superflu, les intentions, les récits transposables. Ce n’est pas un voyage, ce n’est pas une errance, ce n’est pas une fuite, mais une présence nue, sans direction imposée. Le paysage n’est pas pensé, il n’est pas une question ou un souvenir, il est simplement là. Il ne s’agit pas de collecter des débris, ce n’est pas une archéologie, mais l’intemporel d’une fiction minimale.

On ne cherche pas non plus quelque chose d’introuvable. Il n’y a pas de quête, seulement une attention aiguë. On ne se presse pas, car la durée est partout, et on ne va nulle part. Il n’y a pas de bord à atteindre, aucune limite, aucun point de rendez-vous ou d’arrivée. C’est une grande marche dans l’immensité suspendue. Le regard s’offre et le monde surgit du néant, en même temps que le déjà-là façonne le regard neuf, et ceci en boucle. C’est un échange entre ce qui est vu et celui qui voit, silencieux mais chargé de présence.

Ce lieu n’a pas de nom, pas de contours définis, mais il appelle à être traversé. C’est un lieu imaginaire où il fait toujours beau. On ne parle pas de carte postale – on est dans l’esthétique. C’est peut-être bien une île. Elle n’est pas répertoriée, elle n’apparaît sur aucune carte. Elle n’existe que par ces images. Comme par magie, cette île a lieu, naît d’un processus de sédimentation photographique.

Des matières en suspension précipitent et le dépôt forme l’image ? Oui, il faut imaginer une photographie qui se forme par accumulation d’éléments provenant de la désagrégation, de la dissolution de roches, transportés et déposés par les eaux, les vents. Ce bruit blanc omniprésent, ce sont les eaux, les vents en mouvement, et la matière concrète de la photo constitue tout le reste de ce territoire donné à voir. Est-ce que ce sont des géoglyphes ou l’empreinte de fines brindilles tremblantes, une vue aérienne ou microscopique ?

Le sable, composé de toutes ces particules de coquille, roche, verre, plastique, magma, oxydes, est une matière en perpétuelle recomposition. Il prend forme de cercle, monticule, il se plisse en drapé humide, se fait femme étendue, dos de bête immense – et fonctionne comme le langage. L’image est parfois si sèche et stratifiée qu’on a l’impression de pouvoir en détacher des morceaux et les effriter, ou de disperser la fine poussière superficielle en soufflant dessus, ou de transformer le dessin en ajoutant le mouvement de sa propre main. L’image est parfois nourrie avec de l’eau, et se met à luire.

Alors on croit qu’elle change d’état selon les conditions atmosphériques. Quelque chose est tombé du ciel, sans se briser, descendu doucement, car si le temps est le silence alors il ne peut rien y avoir de brusque. Ce peut être le personnage arrivé là comme parachuté sur l’île, ou ce peut-être une pluie de signes recouvrant tout comme de la cendre très fine.

Une bascule est appliquée et, une fois à l’envers, ce n’est plus une chute mais une lévitation ou une lente évaporation, pas un effondrement, mais une apparition inversée. Le ciel se retrouve en bas et le sol en haut. Les éléments échangent leurs propriétés, se confondent, se répondent. L’air cristallise les surfaces salées. Des flammes ou des racines ou des sillons ? Tout à la fois.

La lumière c’est l’eau, mais les ombres sont des roches, chaque creux une pierre.

— Jeanne Borensztajn

 

Ce travail a commencé avec notre rencontre, il y a trois ans. TOMBÉ DU CIEL est une ode aux oeuvres crées par la danse entre l’Atlantique et le littoral qui le borde. C’est un travail spontané, qui a pris vie lors de la première exposition : LE VENT EST LE DOUBLE DE L’HORIZON. Le regard de chaque spectateur nous a permis d’en mesurer peu à peu la portée.

Nous comprenons alors que cette série explore peut-être la rencontre entre les mathématiques de Mandelbrot, et l’abstraction totale : deux extrêmes, un double regard. Avec tout ce qui nous différencie, nous partons à un bout et l’autre d’immenses étendues de sable, sans nous
concerter, et revenons toujours stupéfaits de la correspondance entre nos pellicules. Ces photographies naissent d’une observation patiente et humble. Notre démarche est celle de témoins et d’interprètes. Nous nous laissons guider par ces compositions fragiles, que nous tenons à révéler avec justesse et respect.

Nous cherchons à capter les tableaux que l’océan dépose sur le sable, au rythme des marées, des vents et des saisons. Ces formes mouvantes, éphémères, sont comme des toiles offertes puis aussitôt effacées par les vagues. Les grains de sable, comme des pigments venus des montagnes, des océans, du ciel, se déposent pour composer une oeuvre unique.

Le livre TOMBÉ DU CIEL en rassemble les traces, pour que ces tableaux que la nature invente et efface sans relâche puissent être contemplés, transmis, partagés. Des extraits de poésie moderne et surréaliste accompagnent les photographies, comme pour souffler nos
pensées, sans tout révéler. Ces textes, comme nos images, ont un caractère abstrait et organique. Voici donc trois années de travail et d’amour dans un livre, paru en parallèle du deuxième volet d’exposition : TOMBÉ DU CIEL. L’œil et le cœur à l’ouvrage.

 

Plus d’information

Félix Chollet & Olga du Saillant – Tombé du ciel
Edition limitée
112 pages
245 x 300 x 12 mm
Disponible en ligne

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