Drôme, une route en lacets ondule entre les montagnes. Les pentes irradient du jaune des genévrier. Les vautours dansent en spirale et le bourdonnement des insectes harangue la torpeur de l’été. En bout de piste, une vallée et son village.
« Depuis une dizaine d’années, un collectif d’agriculteurices expérimente une pratique agricole qui se souvient de la mémoire des ruisseaux et du feulement des loups. Chaque territoire possède sa propre psyché, son genius loci, somme des éléments et des présences qui le compose. Conscient des principes de symbioses et d’entraides qui régissent les écosystèmes, le collectif s’inspire de ces solidarités plurielles pour imaginer de nouvelles relations entre le domestique et le sauvage, la technologie et l’organique. Face aux vertiges des chaos à venir, l’expérience est complexe et inventive. Elle amène à repenser les récits qui ont façonné l’habiter-monde de nos sociétés modernes.
Il est fascinant d’observer comme un geste aussi ancien que l’agriculture peut convoquer l’enchantement. En tissant un lien intime avec les non-domestiqués à poils, plumes et feuilles, les gestes et la pensée des humains s’hybrident. Se matérialise alors une invitation à offrir nos corps et nos imaginaires à ces êtres énigmatiques. Ces autres vivants porteurs de leur propre perception du réel. Avec la conscience de ces multiples réalités, nos paysages intérieurs peuvent alors se refaçonner.
Depuis trois ans, je m’installe régulièrement au village. Chaque fois, l’endroit m’enveloppe et m’invite à venir effleurer cette zone de contact entre soi et l’au-dehors habité. Dans la rencontre des ombres et des moins visibles, la série Lueurs Fauves cherche l’expérience du sensible. A l’aide de différents outils photographiques et caméra piège, je quête la trace charnelle de ces liens. L’alternance des esthétiques, images figuratives et abstraites, propose l’idée de relation entre ces existences et interroge notre lien physique et psychique avec un territoire. Peu à peu, le récit installe une tension entre les dimensions apparentes et cachées. La vision n’est pas complètement exacte. Les temps sont suspendus, crépusculaires.
L’image dévisage et joue de son pouvoir d’évocation pour proposer de nouveaux rites et perceptions du quotidien. Parfois, le moment vacille et laisse s’échapper un peu de merveilleux ».
— Eve Campestrini.














