Nous avons reçu ces images d’Elizabeth Waterman. Elles étaient accompagnées de ce texte :
Épicentre de l’industrie du sexe en Asie du Sud, la Thaïlande m’attirait depuis des années. J’y suis enfin allée pour la première fois en 2023. J’y ai découvert un monde de femmes et de ladyboys (femmes transgenres) qui se travaillaient pour l’argent. Depuis, j’y suis retournée trois fois pour photographier et interviewer les artistes de la vie nocturne thaïlandaise, des gogo dancers du complexe de divertissement Nana à Bangkok aux mannequins haut de gamme des Pleasure Palaces de Ratchadaphisek Road, en passant par les milliers d’escorts freelance qui bordent les promenades en bord de mer de la station balnéaire de Pattaya.
Ces femmes et ces ladyboys travaillent en grande partie dans l’ombre, la plupart du temps dans l’illégalité. Ce type d’activité leur permet de gagner un revenu décent et, dans bien des cas, d’améliorer la vie de leur famille. Cependant, le travail du sexe comporte son lot de difficultés, et pour certains, la vie peut être difficile et épuisante.
Mon travail attire l’attention sur les diverses inégalités que subissent particulièrement les Ladyboys et souligne la nécessité d’une réforme juridique en Thaïlande en faveur des personnes transgenres. Une loi prometteuse sur le changement de genre, intitulée « Loi sur la reconnaissance du genre », est actuellement bloquée au Parlement thaïlandais. Cette loi accorderait des droits aux personnes transgenres, y compris aux dizaines de milliers d’artistes Ladyboys. En changeant légalement de genre, la loi sur la reconnaissance du genre, si elle est adoptée, leur ouvrirait de nouvelles perspectives de carrière et leur permettrait de travailler plus facilement en dehors du monde de la nuit. Ce projet de loi est peu connu en Thaïlande, et encore moins à l’étranger, et a reçu peu de publicité.
Prises en 35 mm, mes photographies offrent un regard organique sur un monde secret. L’argentique limite le nombre d’images que je peux prendre lors d’une séance donnée, et marque chacune d’elles d’inconnu. La pratique de la pellicule invite le divin dans chaque image. De plus, derrière chaque clic, je sais accorder une importance particulière au hasard, aux petits hasards, aux imperfections et aux erreurs de la pellicule, aux fuites de lumière, aux doubles vues, etc., et l’image devient sacro-sainte. Plus elle devient « non-mienne ». Et je vis pour le « non-mienne » de l’art, pour la découverte de choses que je n’ai jamais vues auparavant, pour la résonance d’une image filtrée par le « moi » plus vaste et plus grandiose que je ne peux voir.
Ce travail sera publié sous forme de livre en 2026, lorsque l’éditeur approprié aura été trouvé. Ceci n’est qu’un bref aperçu.
Elizabeth Waterman, avril 2025
Elizabeth Waterman est une photographe d’art basée à Los Angeles dont le travail remet en question les discours sociétaux sur le travail du sexe, les sous-cultures et l’émancipation des femmes. À travers des photographies argentiques et analogues saisissantes, Elizabeth capture la vie brute, intime et souvent invisible des artistes adultes, des travailleuses du sexe transgenres et des artistes, offrant un point de vue rare et profondément humanisant.













