En ce réveillon du Nouvel An, il nous reste encore quelques heures pour célébrer Georges Dambier, qui aurait eu cent ans en 2025. Nous avons pensé que ce serait une belle façon de clore l’année en beauté, et c’est pourquoi cette édition lui est dédiée.
Vous y trouverez une sélection de ses photographies de mode, de portraits et de ses premiers clichés des nuits parisiennes à la fin des années 40. Son fils, Guillaume, qui perpétue son héritage, nous a aidés à concevoir cette édition et a répondu au Questionnaire de Carole Schmitz ; vous trouverez également une interview de son amie et collaboratrice de 37 années, Micheline Decamps, qui est aussi ma mère. L’interview a été réalisée par Anabela Becho à l’occasion d’une exposition qu’elle a organisée au Portugal, au Museu Nacional do Traje, Lisboa en 2022, exposition qui a été suivie par la publication d’un livre et d’un documentaire.
Quelques années auparavant, à l’occasion d’une autre exposition à New York, j’avais écrit le texte suivant à son sujet. Le voici :
Écrire sur Georges est pour moi une expérience assez intime. Voyez vous, en toute transparence, je devrais commencer par dire que j’ai grandi dans son ombre, ou plutôt dans les ombres de son studio que dirigeait ma mère Micheline, même si elle ressemblait davantage à la cheffe d’orchestre d’une petite troupe d’assistants, de stylistes, de tireurs et d’une distribution toujours changeante de mannequins, d’acteurs et de personnalités du “Tout-Paris.”
Là, à peine en âge de marcher, j’ai vu mon premier mannequin, touché mon premier Hasselblad, pris ma première photographie tandis que son chien Woodstock était allongé tout près, totalement imperturbable face aux éclairs lumineux des flashs Balcar. Des années plus tard, je deviendrai son assistant.
C’était les années soixante et les photos de cette exposition sont antérieures à mon enfance. Pourtant, l’atmosphère, le panache et l’élégance étaient toujours les mêmes ; peut-être Allure, comme Diana Vreeland l’aurait dit, est le mot juste. Georges n’aurait pas voulu qu’il en soit autrement.
Quand Helene Lazareff a engagé Georges à ELLE magazine dans les années cinquante, il fut l’un des premiers photographes à Paris à sortir son Rolleiflex et la mode dans la rue. Que ce soit sur les Champs-Élysées ou dans le souk de Marrakech, les modèles (mannequins, comme on les appelait) donnaient soudain vie aux créations de Givenchy, Dior ou Balenciaga.
C’était l’époque où Fred Astaire imitait Dick Avedon dans Funny Face, où des photographes comme Dambier portaient des costumes sur mesure, des chemises Charvet et des souliers John Lobb, au volant de voitures de sport britanniques (une MGA dans son cas). Dorian Leigh ou Suzy Parker sirotaient une coupe de champagne pour se détendre pendant ses prises de vue. Un monde à mille lieues du grunge ou du “Heroin Chic” des années quatre-vingt-dix.
Oui. Quand je pense à Georges et à ses photographies, Allure est le mot qui convient. Les “filles” se maquillaient elles-mêmes et Alexandre s’occupait de leur coiffure. Les assistants léchaient la colle de centaines de bandes pour sceller le papier des films (ça me manque aujourd’hui, même si je me plaignais toujours qu’il n’y ait qu’un seul goût). Pas de retouche numérique, des pellicules impitoyables et, pourtant, je ne suis pas sûr que l’on puisse aujourd’hui trouver un modèle qui éblouisse autant que Bettina ou Simone d’Aillencourt au quotidien.
La spontanéité élégante de ses photographies était nouvelle à l’époque ; à l’image des images de Slim Aarons plus tard, elles montrent des gens “living the life,” ce qui ressemble aujourd’hui à un art perdu. Aux côtés de Dambier, Horst, Meerson ou Beaton s’habillaient et vivaient en gentlemen, tout en étant d’authentiques professionnels. Derrière des images insouciantes et apparemment faciles se cachait une technique irréprochable. Aujourd’hui, trop de photographes reviennent à ces années-là pour y chercher de l’“inspiration” (notez les guillemets…). Eh bien, apprendre deux ou trois choses sur la vitesse et l’ouverture ne ferait pas de mal, et il faut savoir que, pour créer une image stylée, mieux vaut compter sur un Martini cocktail que sur une bière bon marché.
Les bonnes manières et une pointe de flirt aident aussi. Il y a une réplique, une indication que j’ai entendu Georges répéter des centaines de fois aux modèles : “Darling, you are in love with my camera!” J’avoue volontiers l’avoir utilisée, sûrement pas assez. Appelez-moi un brin nostalgique, mais, enfin… en regardant les femmes et la mode dans les photographies de Georges Dambier, si j’en avais l’occasion, je monterais n’importe quel jour dans la machine à remonter le temps de H.G Wells. Pas vous ?
Gilles Decamps














