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Collezione Ettore Molinario : Dialogues #49 : Christopher Makos

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Le 49e dialogue est un hommage à Andy Warhol, signé par Christopher Makos. Lors de notre rencontre à Paris, j’ai demandé à Christopher quelle était la leçon la plus importante que le maître américain lui avait transmise. Voici sa réponse : « Soyez vous-même et laissez le meilleur de vous transparaître ». Peut-être est-ce là la clé du succès ; c’est en tout cas un beau vœu pour clore l’année et se tourner vers 2026.

Ettore Molinario

 

Je les voulais tous – chaque version, chaque nuance : Andy Warhol avec ces mains merveilleuses, impeccablement soignées, posées sur son jean, sur sa hanche, vaguement au-dessus de son pubis, et entrelacées l’une dans l’autre. Ces mains qui traduisent l’immense féminin, de la Vénus de Botticelli à Marilyn Monroe pour sa blondeur, à Faye Dunaway pour sa cruauté. Enfin, je possède l’une des plus belles Lady Warhols, un splendide portrait de Christopher Makos, interprète, ami et complice pendant dix ans du génie, de l’homme-femme qui nous a dit que nous sommes tous des copies et tous des originaux, « famous » au moins quinze minutes dans nos vies. Ce dialogue vit ainsi, en lui-même, comme un miroir, une hallucination, se multipliant dans la planche-contact que Christopher a eu la gentillesse de m’offrir pour accompagner son portrait. Et tandis que je regarde Andy Warhol dans les yeux – rare concession, puisque le roi du Pop Art fuyait le regard des autres – je retrace aussi l’histoire de ma collection, qui, de surcroît, par coïncidence – mais les coïncidences existent-elles vraiment ? – partage les mêmes initiales que Christopher Ernesto Makos : CEM.

Brève note de chronique. En 1981, Andy Warhol et Christopher Makos décidèrent de réinterpréter Rrose Sélavy, le célèbre portrait que Marcel Duchamp avait commandé à Man Ray en se travestissant – une œuvre présente dans ma collection. Et encore une fois, puisque les coïncidences n’existent pas, Christopher avait été l’assistant de Man Ray à Paris et, dans son livre White Trash publié en 1977, il reproduisait le passeport du grand surréaliste. Notre passeport pour voyager à travers l’Histoire – notre propre histoire aussi, la plus intime – est, lui, le visage blanc de Warhol, tel un Kabuki, encadré par l’une des sept perruques féminines et l’unique perruque masculine, que Christopher avait achetées chez Jean Louis sur la 57th Street. La séance – 349 images réparties en seize planches-contacts – eut lieu à la Factory, la dernière, au 860 Broadway, Union Square. Aujourd’hui, dans ce qui ne peut être qualifié que de profanation au regard du caractère sacré du lieu, elle abrite une enseigne Pecto, une boutique pour chiens et chats. Je parle de lieu sacré parce qu’au fond du studio où Warhol peignait, contre l’un des murs drapé d’un fond blanc, s’opère une transformation profonde, initiatique – à vrai dire sacrée –. De cette métamorphose, Warhol nous laisse contempler les extrêmes : le visage d’une femme et le corps d’un homme, vêtu de la garde-robe classique d’Andy – chemise blanche boutonnée, cravate à carreaux, jean, bottes de cow-boy. Halston, le célèbre créateur de mode, avait proposé une robe du soir : jupe, dentelle, décolleté. Warhol refusa. Ce n’était pas l’effet drag qu’il recherchait – pas une caricature, mais une altération, un processus, un devenir. Ce n’est pas un hasard si la série s’intitule Altered Image.

Le maquillage nécessita deux heures : un fond de teint épais, théâtral, laiteux sur la peau de Warhol, qui, selon Makos, était déjà d’une luminosité éclatante. Puis, lentement, comme une image reposant au fond marin de notre esprit, l’altération féminine de Warhol commença à prendre forme et à remonter à la surface : d’abord les yeux, naturellement bleus et fortement soulignés ; puis les sourcils, couverts et redessinés ; et enfin la bouche, écarlate même si nous ne la voyons pas. Au passage, le maquilleur qui transforma Warhol était le même que celui qui maquillait les riches clients commandant ses portraits très coûteux. Là encore, une altération : se transformer en l’argent que garantit la célébrité d’un grand artiste, devenir une marchandise d’échange. Mais je n’échangerais mon Warhol – le Warhol qui m’a fait découvrir les « multiples » en moi – contre personne.

Ettore Molinario

 

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