Christie’s annonce la vente de la Collection Roger Thérond, Une passion française qui se tiendra à Paris en septembre 2026. Elle constitue, à l’heure où la France célèbre le bicentenaire de la naissance de la photographie, l’un des événements le plus attendu du monde de la photographie — et un hommage vibrant à celui qui, mieux que quiconque, aura défendu la noblesse du médium.
New York en a la primeur, une selection des photographies est présentée dès aujourd’hui chez Christie’s New York jusqu’au 15 avril, puis Arles en juillet et finalement Paris avant la vente en Septembre.
Il avait un don. Celui de voir ce que les autres ne regardaient pas encore. Pendant plus d’un demi-siècle à la tête de Paris Match, Roger Thérond avait appris à la France à regarder — à éprouver, le choc d’une image. Mais derrière l’homme public, le directeur légendaire, se cachait un autre homme : un chasseur solitaire, un amoureux fou, un collectionneur d’une espèce rare. C’est cet homme-là que Christie’s révèle aujourd’hui. Longtemps restée secrète, la collection fit sensation en 1999 à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, où une sélection de 240 œuvres fut dévoilée pour la première fois sous le titre Une passion française. Conservée à l’abri des regards par la famille de Roger Thérond depuis sa disparition en 2001, la collection n’a rien perdu de son aura mythique ; les rares prêts d’œuvres de Le Gray ou de Dora Maar n’ayant sans doute fait que l’amplifier.
Composée de plusieurs centaines d’images, la collection sera proposée en trois vacations. La vente offre une série inédite de chefs-d’œuvre de la photographie française des XIXe et XXe siècles.
Roger Therond : “l’œil, la chasse, la sérénité”
Pendant plus de cinquante ans, à la tête de la direction de Paris Match, depuis son bureau surplombant les Champs-Elysées, il façonne une nouvelle manière de raconter le monde. L’image n’y illustre plus l’événement : elle le révèle, elle le fixe, elle le grave dans la mémoire collective. Son œil est redouté, admiré, recherché. Très vite, on lui attribue le surnom de « l’Œil », en raison de son intuition exceptionnelle pour repérer les clichés les plus saisissants.
Avec son ami Daniel Filipacchi, il contribue à fonder et diriger le plus grand groupe de presse européen. Son fer de lance Paris Match – qu’il dote du célèbre slogan « le poids des mots, le choc des photos », marque profondément la culture populaire en définissant tout une époque. Il y publie Henri Cartier-Bresson dans les années 50, Sebastião Salgado ou Helmut Newton dès les années 80. Celui qui a brassé, scanné, recadré des dizaines de milliers photographies avait une exigence : « les photos les plus importantes doivent arriver en premier lieu à Paris Match, et sur mon bureau… »
La première édition du Mois de la photo en 1980 et la création du festival Visa pour l’image en 1989 font aussi partie de son héritage. En tissant des liens durables avec les milieux artistiques et culturels, il explore tous les domaines, de la photo de mode à la photo d’art en passant bien sûr par le photojournalisme.
Parmi les premiers à comprendre et à collectionner la photographie comme un art à part entière, Roger Therond lègue au monde une mémoire visuelle sans égale. Cartier-Bresson, Helmut Newton ou encore Irving Penn, voient en lui un œil singulier, et une sensibilité unique. Témoignage de cette reconnaissance internationale, l’International Center of Photography de New York le récompense « pour avoir façonné le photojournalisme en Europe » et il reçoit en 2001 le Getty Images Lifetime Achievement Award.
Mais c’est dans le secret qu’il construisit son chef-d’œuvre. Dès la fin des années 1960, il commença à amasser des épreuves et même plus rares : des albums complets de photographies anciennes, trésors les plus précieux de l’histoire de la photographie du XIXe siècle — en explorateur à la lampe de poche sur les marchés aux puces parisiens à l’aube, chez les libraires, chez les grands collectionneurs comme Georges Sirot et André Duchesne, les grands marchands internationaux, ou les ventes publiques prestigieuses. Il confiait lui-même avoir « franchi les trois étapes du collectionneur : le jeu, la chasse, et aujourd’hui la sérénité. » Une sérénité conquise sur trente ans de quête, guidée par une seule boussole : « ce qui m’a plu, étonné ou ému. » Et d’ajouter, avec la tendresse propre aux grands amoureux : « J’aime toucher une photo ancienne. Le calotype dans sa brume, le papier salé dans son aspect rêche ont des charmes qui flattent le bout des doigts. »
Trois ventes pour une des collections les plus importantes dans le monde
Ce que Christie’s propose aujourd’hui, c’est la traversée complète d’un siècle d’images. Des premiers daguerréotypes des années 1840 aux expérimentations surréalistes de l’entre-deux-guerres, la collection déploie une traversée libre, exigeante, et profondément personnelle. Elle embrasse deux axes magistraux : les primitifs du XIXe siècle et l’avant-garde du XXe. On y retrouve les marines de Gustave Le Gray réalisées à Sète — hommage intime à sa ville natale —, les voyages en Orient de Félix Teynard, les premiers instantanés de Jacques-Henri Lartigue — que Therond surnommait « le bienheureux » —, les expérimentations de Man Ray — « le frénétique » — et les recherches de Maurice Tabard — « le secret ». Aux côtés de Dora Maar, Florence Henri, Germaine Krull, Eugène Atget, Edouard Baldus, Charles Nègre, Guy Bourdin, Eli Lotar ou Helmut Newton, la collection constitue une mémoire picturale sans égale où surgissent parfois Victor Hugo, Jean Paul Sartre ou Peggy Guggenheim.
Témoignage de son importance historique : dès 1985, le Musée d’Orsay s’était porté acquéreur de pièces exceptionnelles, parmi lesquelles le daguerréotype du baron Gros représentant un bas-relief de l’Acropole d’Athènes. Depuis, la grande vente de la collection André Jammes à Londres en 1999 avait établi de nouveaux records pour la photographie historique. La dispersion de la collection Thérond s’inscrit dans cette lignée — et la dépasse.
« Cette collection constitue une traversée sensible de l’histoire de la photographie, une invitation à la redécouvrir dans toute sa richesse, sa profondeur, sa beauté, à travers un regard unique, passionné, habité. Jamais une collection de cette qualité n’a été présentée à Paris. Elle s’adresse à tous les collectionneurs, bien au-delà du seul monde de la photographie. Elle révèle les pionniers d’une époque, les premières images, les gestes fondateurs. Elle nous rappelle combien une collection peut incarner une vision, définir une époque, transmettre un regard. » commente Elodie Morel-Bazin, Directrice du département Photographie Europe, Christie’s.
Christie’s : Collection Roger Thérond, Une passion française
Information sur la vente – D’autres informations plus détaillées seront diffusées prochainement
Exposition du 10 au 15 avril 2026 chez Christie’s à New York
Exposition du 6 au 19 juillet à Arles
Exposition du 10 au 15 septembre 2026 chez Christie’s à Paris
en live les 15 et 16 septembre 2026 et en ligne, du 8 au 17 septembre 2026














