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Collezione Ettore Molinario : Dialogues #44 : Karl Blossfeldt / Alain Fleischer

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Le 44e dialogue de la Collezione Ettore Molinario se déroule dans un jeu de coïncidences vital, auquel je crois et auquel je me fie souvent lorsque je rencontre les auteurs que j’aime le plus. Son épicentre ? Rome. Et un jour, à Rome, deux hommes et une femme extraordinaires sont arrivés.

Ettore Molinario

 

Albert Einstein a dit un jour que la coïncidence « est la façon dont Dieu conserve son anonymat ». Or, je ne sais pas si Dieu, un Dieu très discret, s’il en est un est véritablement à l’origine de cette force mystérieuse, inconsciente et inexplicable qui attire certaines vies vers des lieux où la vie s’écoule plus intensément. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’être frappé par la découverte que Karl Blossfeldt et Alain Fleischer ont commencé à imaginer et pour créer les images de ce dialogue visuel dans la même ville : Rome. Karl Blossfeldt est arrivé à Rome en 1890, à l’âge de vingt-cinq ans, grâce à une bourse. Il était alors étudiant en sculpture à l’Universität der Künste, l’Académie des Beaux-Arts de Berlin. Cent ans plus tard, en 1985, Alain Fleischer, quadragénaire et boursier de photographie de la Villa Médicis, siège de l’Académie française, vint lui aussi dans la Ville Éternelle. En 1884, Blossfeldt avait rencontré son mentor, Moritz Meurer, un peintre né l’année même de l’invention de la photographie, en 1839. Meurer fut l’un des premiers à étudier la morphologie et les principes structurels des plantes, transformant leur richesse ornementale en une méthode artistique et une philosophie pédagogique. En 1981, à Saint-Étienne, lors d’une grande rétrospective de son œuvre, Fleischer rencontre Danielle Schirman, qui deviendra dès lors sa merveilleuse compagne de vie. Elle-même cinéaste, elle reçoit la bourse de la Villa Médicis en 1987. Deux artistes, deux liens profonds, une même ville. Immergés dans l’énergie créatrice de Rome, régénératrice par son infinie variété de formes et le fil des siècles, Blossfeldt et Fleischer voient leurs destins basculer.

Sous la direction de Meurer, Karl Blossfeldt avait pris ses toutes premières photographies de fleurs à Rome, mettant en valeur leurs formes et ce mélange unique de fonction et de beauté brute et puissante. Ce sont ces premières œuvres qui allaient plus tard inspirer ses recherches artistiques, finalement rassemblées en 1928 dans l’ouvrage Urformen der Kunst (Formes d’art dans la nature), l’un des ouvrages les plus influents du XXe siècle – à tel point que même Walter Benjamin s’en est inspiré. Alain Fleischer – sémioticien, anthropologue, écrivain dans la langue du Marquis de Sade, photographe et cinéaste – est allé plus loin. Il a transformé les surfaces réfléchissantes des objets  comme un couteau, par exemple, où le visage de Danielle apparaît en miroir en générateurs d’images nouvelles.

Est-ce l’amour de la nature, et l’amour même des images, de l’acte de création qui transforme chaque artiste en démiurge et lie des destins si singuliers ? J’aime à le penser. Et j’aime à croire que Rome y est pour quelque chose. Trop d’intensité, trop de temps, trop d’images recouvrant chaque surface et en faisant naître de nouvelles ne pas s’en laisser influencer paraît impossible. Et me rappelle une autre coïncidence. En 1898, quelques années après son retour de Rome, Blossfeldt devint professeur dans l’école même où il avait été élève.

En 1997, Alain Fleischer a fondé et dirige depuis Le Fresnoy – Studio National des Arts Contemporains, où s’est formée l’une des plus jeunes artistes de ma collection, Agata Wieczorek. Rome, éternelle maîtresse de vie ? Peut-être. Mais une chose est sûre : Alain et Danielle n’ont jamais vraiment quitté Rome ni sa campagne. Chez eux, ils cultivent de magnifiques plantes et perpétuent leur amour sous des formes toujours nouvelles.

Ettore Molinario

  

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