Le Centre Claude Cahun présente Une Odyssée en terre agricole de Damien Mousseau jusqu’au 4 octobre 2025.
Depuis 2018, Damien Mousseau photographie le paysage agricole pour témoigner de la manière dont le sol est cultivé. Son exposition « Une Odyssée en terre agricole » interroge l’action des machines sur la terre et les modifications qu’elles induisent dans nos paysages.
Vous connaissez ces paysages, vous les avez vus par la fenêtre de votre voiture ou d’un train. Ce sont de grands aplats uniformes, de grandes surfaces de cultures plus ou moins déterminées, dont la planéité et le mouvement se trouvent, par instants fugaces, rompus dans le fracas attendu d’un tracteur ou de ces grandes rampes horizontales qui s’étirent sur des kilomètres de plantations. Images banales d’une certaine France agricole, celle des grandes exploitations, qui pourraient interroger si on s’arrête un moment. Ces champs ressemblent plus aux façades des industries, qu’en 1975 photographiait Lewis Baltz en se demandant ce qu’on y fabriquait, qu’aux joyeuses récoltes que filmait Jacques Tati dans Jour de fête. Bien sûr l’agriculture a changé depuis 1949, il faut nourrir le monde, mais que mange-t-on ? Le travail de Damien Mousseau part de cette question.
« J’ai toujours eu un amour pour l’agriculture et son paysage. L’observer, la comprendre comme un scientifique, la scruter en marcheur ou la dévisager depuis la fenêtre d’une voiture. Je l’ai côtoyé enfant, au travers de ma vie familiale et du décor de mon environnement natal. Pourtant, aujourd’hui, ce monde agricole est devenu fictif aux yeux de l’homme, du consommateur et du citoyen français que je suis. Je suis devenu un ignorant. Un ignorant de la manière dont mes aliments sont fabriqués, produits et transformés. Un ignorant de la manière dont les animaux sont élevés. De la manière dont les champs et le sols sont exploités. Il est devenu difficile d’être en rapport direct avec ceux et celles qui travaillent pour nous nourrir. »
Que voit-on aujourd’hui de ce monde agricole ? Se balader dans ces campagnes est devenu aussi opaque que d’oser marcher dans une zone industrielle qui borde nos villes. La terre disparait, l’action aussi, ne restent que les grosses machines qui percutent l’espace pour mieux le retourner et l’épuiser. C’est ce bousculement permanent que Damien propose de saisir dans une photographie en mouvement. Damien arpente ces paysages qui lui échappent, il en saisit les traces et les déflagrations des engins au travail. Suivre le rythme de ce labourage industriel et questionner ce qui nous reste. S’approcher suffisamment pour poser la question : que regardons-nous ? Le travail de Damien s’offre comme une suspension du temps présent. On y assiste, par séquences, à l’épuisement programmé de cette terre nourricière, haïkus des machines agricoles. Il y subsiste aussi, par spasmes épars, le merveilleux du bucolique, et ces quelques vaches au repos sous l’ombre d’un arbre laissent leurs mille autres congénères hors champ. Le banal n’a pas de place dans ce temps-là car chaque image entre, un peu plus loin dans cette matière, elles l’empoignent, est-ce encore de la terre ? Et par cette question même l’odyssée commence.
texte rédigé par le Centre Claude Cahun
Damien Mousseau : Une Odyssée en terre agricole
Jusqu’au 4 octobre 2025
Centre Claude Cahun (association Confluence photographique)
45 rue de Richebourg
44000, Nantes
www.centreclaudecahun.fr














