« La photographie me permet d’exprimer ce que je suis incapable d’expliquer avec des mots » confie Béatrice Helg. L’artiste expose près de 70 photographies réalisées au cours des 35 dernières années au musée Réattu d’Arles, véritable plongée dans son univers abstrait où tout se veut être révélé par la lumière. De fait, l’artiste réalise des compositions étonnantes à partir de fragments du réel, comme des plaques de métal rouillé ou même de l’isolant pour plafond qu’elle dispose de telle façon à faire naître un tableau surgissant. « Je suis passionnée de poésie et de théâtre, notamment par les mots de Claude Régy. Je crois que dans cette époque troublée, l’expérience intérieure est fondamentale » dit-elle tandis qu’elle décrit le procédé de son œuvre Cosmos, grand cercle doré qui fait songer à un soleil dormant.
« Vous pouvez voir ce que vous voulez ! » lance-t-elle devant d’autres photographies, assurant qu’il s’agit d’une « fenêtre ouverte sur l’invisible » et que chacun peut se faire « sa propre expérience spirituelle. » « Quand tout converge, j’ai l’impression que l’espace tremble » avance-t-elle encore, expliquant que son travail de mise en scène des objets est extrêmement minutieux et rigoureux, de même celui du tirage qui en résulte. Un pont certain entre l’art contemporain et la photographie.
Autre lieu dédié à ce dialogue entre les arts est celui des Collatéraux, dans le quartier de la Roquette, où a lieu l’exposition intitulée « Roots » et organisée par Cultish Studio, plateforme créative de Publicis Luxe. On y retrouve notamment des artistes contemporains qui travaillent autour de la notion de racines, qu’elle soit concrète ou métaphysique. Tandis que Diana Scherer présente une sorte de grande étoffe faite en gazon séché, Thomas Desoutter s’intéresse à l’hospitalisme, syndrome dépressif qui touche les enfants séparés précocement de tout lien d’affection, à travers une chorégraphie filmée qu’il a baptisé « Origini ».
Notre déambulation nous conduit ensuite aux abords des expositions consacrées à Nan Goldin et à Letizia Battaglia, toutes les deux prises d’assaut par les visiteurs. Si je n’ai pas eu le courage de faire la longue file devant celle de Nan Goldin (pour l’instant), j’ai pu visiter « J’ai toujours cherché la vie » sur l’œuvre de la photographe sicilienne. Une immersion dans un univers fait de misère, de violence et de dévotion. On croise les visages rudes des maffiosi arrêtés par la police de Palerme, les corps qui gisent sur l’asphalte, les femmes endeuillées… Aussi des enfants, qui reviennent souvent sur les photographies de Battaglia, et qui sont parfois rongés par la faim. Images dures et émouvantes qui racontent une Italie d’hier profondément marquée par la pauvreté et le règne de la mafia.
Si l’exposition Nan Goldin attire du monde, sa présence hier soir au Théâtre antique a déchainé la foule. Le lieu a affiché complet et plus de mille personnes ont assisté à la remise du prix Women in motion qui lui a été décernée. La photographe a lancé, facétieuse : « Vous êtes courageux de me donner ce prix, vous ne savez pas ce qui vous attend ! » De fait, après une projection spéciale de ses photographies et une conversation avec le directeur des Rencontres d’Arles, Nan Goldin a transformé la fin de la soirée en une véritable tribune pour prendre conscience de ce qui est en train de se passer à Gaza. Avec l’écrivain Édouard Louis, elle a lu un long texte dans lequel elle a appelé à se mobiliser contre la situation en cours à la suite d’images projetées dans un silence glacial. Quelques voix se sont élevées dans l’assistance pour critiquer cette prise de position, rendant l’atmosphère plus électrique encore. Imperturbable, Nan Goldin a continué à lire son texte, défendant sa vision des choses jusqu’au bout et rappelant avec gravité et tristesse l’horreur en cours, le nombre inimaginable d’enfants morts des bombardements.
Jean-Baptiste Gauvin














