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Vive Arles 2021 par Thierry Maindrault

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Grâce à Thierry Maindrault, vous avez pu suivre tout l’été les tentatives de survie photographiques d’Arles figée comme le monde entier par un virus insensé. Les chiffres de l’audience ont d ailleurs été formidables. Merci Thierry, cet acharnement à témoigner prouve que l’on peut tout surmonter !

Jean-Jacques Naudet

 

Vive Arles 2021 • Thierry Maindrault

Un été pas comme les autres s’éteint lentement sur l’incontournable pôle de rencontre des photographes. Arles, est devenue en un demi siècle ce lieu où tous les esprits et les intervenants, plus ou moins liés aux outils photographiques, rêvent de venir, voire d’exposer au moins une fois. Pandémie oblige, de trop nombreux photographes n’étaient pas au rendez vous. Les deux piliers incontournables de l’organisation (Rencontres Internationales de la Photographie et Voies Off) ayant été obligés de déclarer forfait.

Malgré toutes les nombreuses embûches, il y a des photographes, des galeries, des musées, des fondations, des centres d’expositions -qu’ils soient inscrits pour le « In » ou pour le « Off »- qui ont maintenu une programmation, soit celle déjà prévue, soit une improvisée dans la situation imposée.

La meilleure exposition est incontestablement «La Complicité» improvisée par la Fondation Van Gogh Arles. Les photographies de Roberto Donetta sont de pures merveilles qui survolent et qui fixent cette exposition. Mieux encore, elles confirment que certaines créations photographiques deviennent bien, avec le temps, de véritables œuvres d’Art.

La meilleure prestation de cette saison 2020 est la splendide soirée produite par Voies Off pour malheureusement que deux seules nocturnes dans la Cour de l’Archevêché. Autour d’une installation visuelle à écrans multiples très originale, Antoine d’Agata nous a présenté un travail remarquable, intitulé «Virus». C’était superbe …

La scénographie d’une grande exposition doit s’appliquer à mettre en valeur les œuvres et leur message. Je n’arrive pas à départager deux ex aequo. D’un coté la Collection Lambert d’Avignon qui participe activement depuis plusieurs années aux Rencontres d’Arles et qui a maintenu son exceptionnelle exposition «je refléterai ce que tu es …». Mais de l’autre coté la Fondation Luma Arles a su tirer parti de la situation inattendue pour «It’s Urgent !». Dans les deux cas, la mise en valeur des œuvres présentées est parfaite.

L’originalité revient nettement à la double exposition organisée conjointement par La Croisière et par la Fondation Manuel Rivera Ortiz, sur le regretté «Boris Vian» avec l’autorisation de sa cohérie. C’est frais, irrespectueux, déjanté et toujours totalement d’actualité.

Avec sa ténacité et son amour de la photographie, la Galerie Huit a réussi l’exploit de nous présenter simultanément quatre expositions de haut niveau (dont la collective de «Open Walls Arles 2020») et en plus d’inviter sa collègue la Galerie Sit Down de Paris qui nous a proposé des recherches sur le nu d’atelier par Marie Pierre Morel.

L’implication revient à Actes Sud pour son exposition «Femmes Photographes» vraiment très intéressante, malgré un accès presque caché pour descendre voir l’exposition et la trop faible quantité d’œuvres accrochées. Cette présentation d’œuvres, souvent inégalables, doit revenir à Arles dans un endroit plus accessible et en nombre plus important à la hauteur des  photographies à exposer.

Je ne veux pas oublier La Place des Photographes qui a proposé pendant ces deux mois plusieurs séries réalisées par des créateurs très talentueux. En sus, des images photographiques sous tout leur aspect sont présentes à travers une offre de nombreuses collections de « vintage » ou dans des témoignages photographiques d’opérations humanitaires véritables.

Un coup de chapeau à l’équipe du grand hall de style « art contemporain » de l’hôtel Plaza Arles qui a maintenu comme chaque année son exposition collective. Cette année, elle a été improvisée à partir des œuvres stockées de l’exposition d’Art contemporain de 2017.

Pour l’homme de cette année 2020, sans hésiter j’ai retenu Etienne Racine. Cet anthropologue de nos sociétés modernes écrit ses recherches avec son appareil photographique. Rien ne semble pouvoir contrarier son combat pour la représentation photographique. Depuis ses immenses affiches placardées (avec l’autorisation des propriétaires) sur presque tous les murs du centre ville jusqu’au petit local loué à deux pas de la place de la mairie Etienne Racine est présent. Il montre ses photographies, il initie les néophytes, il échange sans retenue. Nombreuses sont ses images présentes,  d’une grande qualité, pour nous confronter à la vie autour de nous.

Malgré toutes les bonnes volontés des uns et des autres, un tel rassemblement universel exige un vrai travail d’organisation exclusivement consacré à cet événement. Rien n’était parfait avant ce « coup de tabac » pandémique ; mais, les deux structures historiques assuraient très bien, chacune pour sa voie, depuis de nombreuses années. Souhaitons que cet entracte indésirable qui a, quand même, été photographiquement occupé tout l’été, permettra plus de collaboration (comme dans de nombreux pays) entre les deux entités organisatrices, à l’avenir, pour leur retour sur le devant de la scène. Ce serait un grand bonheur pour les exposants et surtout pour le public si un minimum d’actions conjointes s’installait. C’est ainsi qu’Arles pourra demeurer la capitale incontestable de toutes les photographies et le carrefour des photographes.

Vive Arles 2021 !

Thierry Maindrault

créateur photographe • commissaire d’expositions • chroniqueur

chroniques@maindrault.art

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