Structures
Aujourd’hui, le smartphone est notre intermédiaire permanent entre notre corps, notre conscience et la réalité. Nous sommes simultanément présents dans les mondes numérique et matériel, capturant la réalité à travers un écran numérique. Notre mémoire est devenue fragile et éphémère : elle reste dans les flux des réseaux sociaux ou disparaît sans laisser de trace.
Le projet « Structures » explore la vie d’une personne entre les écrans et l’espace urbain. Sa perception se forme à la frontière entre le numérique et le réel.
Le projet est basé sur l’impression couleur classique RA-4 (C-print), réalisée à la main dans une chambre noire. Toutes les photographies ont été prises avec un smartphone. Au lieu d’un négatif traditionnel, on utilise l’impression numérique : les LED de l’écran du smartphone remplacent la lampe de l’agrandisseur. En raison du grossissement multiple, la grille de LED est visible sur le tirage, formant la structure de l’image, transformant ainsi la grille de pixels en partie intégrante du langage de l’œuvre. Cette méthode combine la matérialité de l’image analogique et l’immatérialité de la lumière numérique. La frontière entre les deux devient le sujet de l’exploration.
Le pixel dans le projet est similaire à la structure picturale de Pavel Filonov, l’unité élémentaire à partir de laquelle une nouvelle matérialité est formée. Filonov appelait le point d’action un « atome », de minuscules unités de couleur à partir desquelles, comme des molécules, l’organisme d’un tableau se développe. Dans « Structures », le pixel devient un analogue contemporain de ce point : un graphème numérique, élément constitutif d’une image d’un nouveau monde.
Les photographies sont des observations de la vie quotidienne, suivant les trajets entre le domicile et le lieu de travail, dans les transports publics, dans les rues. Moscou dans les années 2020 apparaît comme un espace de limitations : grilles architecturales, clôtures, écrans. La grille numérique devient une métaphore du tissu urbain. La structure du pixel reflète la structure du monde, où les frontières du médium, de la ville et de la perception se confondent en un seul système.
L’artiste aborde la dualité du regard contemporain, divisé entre l’écran et le corps, l’extérieur et l’intérieur. Les reflets dans les surfaces en verre et les écrans créent une double image, métaphore de la perception en couches. Dans cet espace, une personne se perd, se sentant vulnérable et perdue. Elle semble se dissoudre dans des flux de lumière et de données, soumise aux rythmes de la ville et des voitures. Le paysage s’incline et se désintègre, l’espace se déforme, exprimant l’anxiété et l’instabilité de l’existence.
Chaque tirage mesure entre 60 et 80 cm et est réalisé sur du papier Fujicolor Crystal Archive.
Le projet a été réalisé dans les ateliers du Svody Art Production Center.














