Dans le cadre de sa saison culturelle, l’Université Toulouse Capitole met à l’honneur une figure du portrait de presse avec l’exposition Évidences, dédiée à Renaud Monfourny. Présent dès le début de l’aventure des Inrockuptibles et regard novateur sur le paysage culturel, le photographe nous propose une sélection d’une quarantaine d’images, reconnaissables à leur format carré, en noir et blanc. Dépouillées d’effets, et révélant frontalement ses modèles, elles témoignent de son empreinte personnelle sur le portrait contemporain. Rencontre.
JJA : Au départ, le magazine des Inrocks s’est plutôt créé en réaction aux autres revues de Rock déjà présentes en France ?
RM : C’est surtout parce que personne ne parlait des groupes qu’on aimait, nous. Ce qu’on a appelé l’Indie Rock, dans les années 80, était ignoré par la presse musicale.
JJA : C’était donc une nouvelle ligne éditoriale mais y avait-il aussi une démarche esthétique dans la présentation ?
RM : Quand je suis arrivé, au même moment le photographe Éric Mulet arrivait aussi dans l’équipe, on faisait du noir et blanc pour des raisons économiques, mais c’était aussi ce qu’on aimait faire. Et puis, à l’époque on faisait tout nous-mêmes, la maquette, les relectures, les corrections ; je développais mes films et faisait mes tirages. Les conditions de travail elles-mêmes influençaient notre travail. En tant que jeune magazine, nos rendez-vous étaient chronométrés, nous courrions toujours après le temps. C’était donc un bon mélange de contraintes économiques et de désir artistique, même si je continue la pratique de l’argentique et du labo, comme pour les photographies qui sont dans cette expo.
JJA : Vous avez quand même un sacré catalogue de groupes qui étaient, ou sont devenus, des artistes internationaux
RM : Oui, bien sûr, mais à l’époque ils n’étaient pas sollicités. Les Pixies, les House of Love, Bjork etc… toute la génération des années 90. Chaque fois qu’ils venaient à Paris j’obtenais une séance photo. Et puis il y avait une espèce de foi, autant chez moi que chez tous les collègues du journal. L’avantage de notre position aux Inrocks c’est qu’on rencontrait les personnes qu’on aimait et dont on aimait parler.
JJA : Qu’est-ce que vous cherchez à photographier, l’artiste ou la personne ?
RM : La personne, et son regard. J’ai un rapport très simple aux gens, j’essaie de créer une relation, mais je ne cherche pas spécialement à créer des liens.
JJA : Vous ne vous êtes jamais senti utilisé par les labels de musique ou les productions de cinéma, comme Franck Courtès qui a quitté le métier, un peu écœuré, pour écrire ?
RM : Bon, déjà je choisissais mes « victimes », donc la notoriété pour moi c’était pas un sujet ; je rencontrais une personne dont j’aimais le travail c’est tout. De plus je n’ai jamais souvent eu à photographier de grandes stars, c’était plutôt exceptionnel.
JJA : Et puis vous aimez porter un regard sans effets sur votre sujet, dans un cadre plutôt dépouillé.
RM : Tout à fait, je procède souvent par élimination d’ailleurs, histoire de refuser un environnement trop typé. Je me rappelle d’une de mes photos de Woody Allen qui semblait être prise en studio, et en fait pas du tout ; le seul endroit qui me procurait un cadre blanc assez large c’était la porte des toilettes de l’hôtel ! Je ne suis pas très « mise en scène » et pas vraiment directif non plus.
JJA : Alors comment vous retrouvez-vous à montrer vos portraits à l’UT Capitole de Toulouse ?
RM : J’ai simplement été sollicité par Nicolas Peyre, qui est enseignant ici, pour participer au projet culturel de ses étudiantes de Master. L’idée était donc d’organiser une exposition, de trouver les financements, le matériel etc… et j’ai accepté bien sûr. Surtout que j’ai eu la liberté de me faire plaisir en insérant mes portraits de peintres et de plasticiens, qui sont moins montrés que ceux de musique ou de cinéma.
JJA : Un mot sur le titre de l’exposition « Évidences » ?
RM : Oui, c’est moi qui l’ai choisi. En fait il n’y a que des gens que j’apprécie, c’était donc comme une évidence que je donne ce nom ; avec des parenthèses pour le côté graphique, mais ces artistes qui sont représentés sont pour moi des évidences.
Jean-Jacques Ader
« Évidences » exposition de Renaud Monfourny à l’UT Capitole de Toulouse « Le petit hall » ; entrée libre, du 9 Avril au 29 Septembre 2026. Remerciements à Nicolas Peyre et Paule Géry ainsi qu’aux étudiantes du Master2/projet ACAC.
Informations : https://www.ut-capitole.fr – https://blogs.lesinrocks.com/photos/














