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Shafagh / Crépuscule – Klaartje Lambrechts : la Culture de la danse iranienne comme forme de résistance

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Comment danse-t-on quand la musique est interdite ? On crée alors soi-même le rythme…
Comment danse-t-on quand cela aussi est interdit ? On danse alors loin des regards indiscrets…
Comment s’exprime-t-on quand toutes les formes d’expression sont interdites ?
On se rend alors dans des lieux reculés, comme les déserts *.

C’est exactement ce qu’a vécu Klaartje Lambrechts. Elle s’est rendue à plusieurs reprises en Iran entre 2014 et 2019, et y a rencontré « un peuple incroyablement généreux, dans un pays magnifique ». Mais un pays strictement gouverné et soumis à une répression sévère. Les gens apprennent à vivre dans des conditions extrêmes ; ils font preuve de créativité : ce qui n’est pas explicitement interdit est autorisé… Une zone grise, une zone crépusculaire d’où le titre Shafagh, le mot farsi pour crépuscule (ou aube).

Au cours de ses voyages, elle rencontre des danseurs tels que Masoumeh et Alireza, et un projet artistique prend forme. Ils se rendent dans des régions reculées, notamment le désert de Lut (Dasht-e Lut), également connu pour ses paysages sauvages et époustouflants, afin de prendre des photos de danse. La photographie de danse : cela semble être une contradiction dans les termes. La danse se nourrit du mouvement, de l’action, de l’illusion de légèreté et la photographie fige l’instant, arrête le mouvement.

La série de Klaartje Lambrechts possède une grande puissance symbolique. Elle et les danseurs choisissent d’utiliser de longs tissus multicolores, et pas seulement pour des raisons esthétiques. Ces tissus contiennent et restreignent la puissance du mouvement, tout en rendant visibles la force et la trajectoire : on dirait qu’ils symbolisent l’oppression du peuple iranien. Les drapés façonnent les corps, mais les déforment aussi : ainsi, ils ressemblent aux formes capricieuses du paysage et ne font plus qu’un avec lui. Les tissus dissimulent les danseurs au regard du spectateur, car l’état répressif les prive de leur individualité: les danseurs ne peuvent être identifiés. Pourtant, la performance elle-même est un acte de résistance, une réappropriation de l’expression personnelle.

Inutile de souligner que cette série revêt une actualité particulière. Nous concentrons toute notre attention sur les belligérants et leur folie, qu’elle soit organisée ou imprévisible, sur les répercussions croissantes de la guerre sur notre économie et le prix des carburants. Et dans le même temps, nous oublions ou ignorons une fois de plus le peuple iranien. Un peuple opprimé et assassiné, qui devra peut-être, dans un avenir proche, faire face à un régime sorti (moralement) renforcé du conflit.

Cette série a été partiellement présentée pour la première fois en 2020 ; ce deuxième volet nous plonge plus profondément dans l’histoire avec des images inédites. L’une des danseuses, Masoumeh Jalalieh, sera présente pour une performance et une discussion avec l’artiste vous trouverez plus d’informations à la fin de cet article.

La photographe Klaartje Lambrechts (1976) vit et travaille à Anvers. Elle a occupé des postes à responsabilité au sein de l’industrie belge de la mode, très en vue. Aujourd’hui, elle se tient derrière l’objectif pour réaliser des séances photo de mode et de lifestyle publiées dans la presse nationale et internationale. Ses travaux professionnels et personnels ont été exposés dans plusieurs lieux et ont remporté plusieurs prix internationaux.

Pour conclure, je cède volontiers la parole à la danseuse Masoumeh Jalalieh :

En ces temps troublés, alors que les conflits et la répression continuent de marquer de nombreuses régions du monde, le fait de créer et de partager l’art prend encore plus de sens. En partageant les histoires personnelles qui se cachent derrière les photographies à travers conversation, mouvements et réflexions, nous créons un espace où l’expression artistique peut rester vivante, où les artistes et les interprètes peuvent faire entendre leur voix, et où le dialogue, l’espoir et les liens peuvent continuer d’exister. – Masoumeh Jalalieh

John Devos

* Le choix de vivre librement dans le désert apparait également dans le travail de la photographe documentaire iranienne Parisa Azadi

 

SHAFAGH – Klaartje Lambrechts
Galerie Pedrami

Verbindingsdok-Westkaai 10, 2000 Anvers
17/04 – 24/05, vendredi – dimanche : 13 h – 17 h (ou sur rendez-vous)

Le travail de Klaartje Lambrechts sera présenté sur le stand de Pedrami à Art Brussels, du 23 au 26 avril 2026 à Brussels Expo
Rencontre avec l’artiste et présentation du livre (avec séance de dédicaces) SHAFAGH avec Masoumeh Jalalieh au Musée KMSKA le 14 mai à 19h30
Lancement du livre (avec dédicaces) et performance Carpet of Time 1974 Movements de Masoumeh Jalalieh au MASBox (à côté du Mas) à 20h entrée libre.

Le livre :
SHAFAGH

112 pages, couverture souple cousue et collée, première édition à 200 exemplaires, 40 € –
il contient des images de l’exposition ainsi que de la correspondance et des polaroids qui mettent en lumière l’histoire d’amitié, de confiance et d’expériences partagées entre la photographe et les danseurs.

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