Tandis qu’il marque l’entrée dans l’hiver en Aotearoa (nom maori de la Nouvelle-Zélande), le mois de juin est à Auckland synonyme de célébration du médium photographique.
Depuis 2004, le Festival de photographie investit les rues de la ville et certains de ses bâtiments les plus singuliers : un silo désaffecté offrant une ambiance brutaliste , la John Kinder House, dont l’architecture néo-gothique nous plonge dans la période coloniale du pays , la promenade du port ou encore la superbe Auckland Art Gallery. Notre correspondante Zoé Isle de Beauchaine partage avec nous ses coups de cœur de cette 22e édition.
Le thème de cette année, « Sustain » (Tautīnei en maori), invite les photographes à explorer les multiples facettes de la question de durabilité, à travers des enjeux tant environnementaux et sociaux que culturels et esthétiques. Pour Julia Durkin, fondatrice et directrice du festival, il s’agit de « réfléchir à notre responsabilité collective. Quelle histoire raconte-t-on ? Quelles questions soulève-t-on ? Quelle vision proposons-nous d’un monde où humains, animaux et écosystèmes vivent en harmonie et prospèrent ensemble ? Nous voulons encourager une vision de soutien qui dépasse nos seuls besoins physiques pour inclure les fondements moraux et éthiques nous reliant à tout ce qui nous entoure. »
Les artistes participants ont répondu à cet appel par une grande diversité d’approches. Au Silo Park, si le photographe japonais Hiroaki Hasumi a choisi de montrer la « face cachée » des politiques énergétiques modernes et la manière dont les méga centrales solaires participent à la déforestation, le duo ukrainien composé de Roman Butym et Pavlo Kyryk détourne du mobilier recyclé pour créer des mises en scène absurdes dans les rues de Cracovie, en Pologne.
Dans un tout autre registre, respectivement à la Sanderson Contemporary et au National Museum of the Royal New Zealand Navy, Kate van der Drift et Linda Jarrett abordent quant à elles les enjeux environnementaux par une approche expérimentale du médium. Dans Dance, Dance, réalisée en résidence dans le parc national de Waitawa, Kate van der Drift médite sur la transformation de cette zone autrefois abîmée par le colonialisme et l’industrialisation, aujourd’hui en voie de restauration écologique. Ses images, proches du procédé lumen, résultent de l’exposition directe de plantes à la lumière du soleil, puis au contact d’herbicides, produisant des tirages aux couleurs envoûtantes, proches de l’abstraction. Linda Jarrett s’intéresse à la prolifération des algues toxiques, favorisée par le réchauffement climatique. À partir de Polaroïds immergés dans un bain d’eau salée et d’algues, elle laisse les images se détériorer jusqu’à une fin certaine — métaphore éloquente d’une biodiversité marine menacée. Toutes deux exploitent le potentiel poétique du processus photographique pour mieux révéler la fragilité des écosystèmes.
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