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Réouverture du Château d’Eau : Sophie Zénon : « L’humus du monde »

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Restée active pendant ses travaux, avec une programmation logée dans l’ancien MATOU (Musée de l’Affiche de Toulouse), la célèbre bâtisse de briques rouvrira ses portes le 22 Novembre. Avec une rénovation en profondeur, c’est aussi un accès et une circulation facilités qui attendent tous les publics. Parcours de visite redéfini et embellissement côté jardin doivent compléter le lifting architectural du pôle photographique de Toulouse, fondé par Jean Dieuzaide. Occupant les trois espaces disponibles, l’exposition de Sophie Zénon « L’humus du monde » inaugure ce nouveau départ. La configuration particulière du lieu a inspiré à l’artiste une scénographie exploitant sa forme circulaire, métaphore pour elle du cycle de la vie et de la mort, un écrin pour ses thèmes de prédilection – mémoire, histoire, passage du temps. L’exposition se présente comme une conversation inédite. Rencontre.

 

Jean-Jacques Ader : Vous faites la réouverture du Château d’Eau avec une exposition importante, même si vous n’aimez pas employer ce mot de « rétrospective » ?
Sophie Zénon : Je préfère définir cette exposition comme un parcours de près de trente ans de créations (1996-2025) intimement lié à un parcours de vie. L’exposition présente une sélection d’un peu plus d’une centaine d’œuvres. La première idée forte a été de prendre en compte la physionomie circulaire du site. J’ai travaillé sur l’idée du cercle comme métaphores du cycle de vie et de la mort, de la transformation et de la renaissance. Le Château d’Eau est un écrin formidable à mon travail qui est tout entier dévolu à ces notions, marquée par mes études universitaires sur le chamanisme en Asie septentrionale et sur notre relation aux morts et à la mort.

C’est une première pour vous ici
SZ : Tout à fait. Et je suis honorée de faire la réouverture de ce lieu mythique et historique, premier centre en France dédié à la photographie, ouvert en 1974. On ne l’investit pas comme n’importe quel lieu. J’ai travaillé à cette exposition pendant de très très nombreux mois … l’enjeu est important et stimulant, il fallait un projet fort, à la hauteur de cet enjeu.

D’ailleurs vous occupez tous les espaces
SZ : Oui, la Tour avec son sous-sol et rez-de-chaussée, ainsi que la galerie 2. Je ne présente pas que des photographies, mais aussi des livres d’artistes, des vidéos, des objets en volume, des sculptures de papier. Mon travail est protéiforme, avec des écritures plastiques différentes, laissant toujours une part importante au geste et aux savoir-faire. L’atelier n’est pas pour moi uniquement un lieu d’exécution, il est avant tout le lieu de la pensée. J’aime créer des univers, faire dialoguer les œuvres entre-elles, en tenant toujours compte de l’architecture du lieu. A chacune de mes nouvelles expositions, je conçois une création. Pour celle de Toulouse, j’ai réalisé quatre crânes en porcelaine dure, brodés à l’aiguille par mon amie l’artiste textile Aurélie Lanoiselée autour du thème des quatre éléments, eau, air, terre et feu. Leur particularité est qu’ils ont été réalisés à Limoges à partir de l’IRM de mon propre crâne modélisé en volume en résine pour en fabriquer un moule puis coulé en porcelaine.

Vous avez aussi pensé à la position artistique de cette galerie au sein de l’environnement culturel local
SZ : De par mes thématiques de prédilection, je suis régulièrement sollicitée par les musées pour m’emparer plastiquement de leurs archives. Imaginer un projet s’inscrivant dans un territoire tout en tenant compte de son histoire ou de ses savoir-faire me passionne. Habituellement, on invite les artistes à intervenir dans les musées pour mettre en dialogue leurs œuvres avec celles du musée. Pour « L’humus du monde », j’ai opéré à un mouvement inverse. J’ai demandé à quatre musées de la Ville de Toulouse (musées des Augustins, des Arts Précieux Paul Dupuy, Saint-Raymond et Les Abattoirs), de pouvoir extraire de leurs collections des objets, des peintures, des sculptures et vidéos. Ces œuvres viennent en ponctuation des miennes. Ce ne sont jamais des illustrations, mais des œuvres d’artistes qui comptent dans mon parcours, mes « affinités électives ». Ces œuvres vont d’une certaine manière, venir dessiner un portrait en creux de ce que je suis et de ce qui m’anime.

Les responsables des autres établissements ont-ils joué le jeu ?
SZ : À quatre cents pour cents ! Les directeurs-trices et conservateurs-trices des quatre établissements ont vu dans cette proposition une ouverture pour leur public, en amenant les œuvres de leurs musées à dialoguer avec le contemporain. Cette proposition arrivait aussi en écho avec la propre dynamique tant de la Ville que de celle de l’équipe du Château d’Eau qui souhaitent élargir de plus en plus ce genre d’initiatives.

Une publication accompagne t-elle l’évènement ?
SZ : Absolument. J’ai travaillé avec Lia Pradal, la fondatrice des éditions Païen situées en Ariège, pour réaliser non pas un catalogue d’exposition, mais un livre d’artiste qui s’attache à « L’herbe aux yeux bleus », mon travail le plus récent sur les plantes obsidionales que l’on retrouve au rez-de-chaussée de la Tour du Château d’Eau.

Un mot sur le choix du titre « L’humus du monde » ?
SZ : Volontiers. C’est pour moi un titre qui se lit autant qu’il se respire. Il résume mon travail à lui seul. Imaginez que vous marchez en forêt un jour d’été après un gros orage, la terre est encore chaude et des odeurs de feuille, de terre, de champignon montent à la surface, des odeurs de décomposition mais aussi de ferment nourricier. Ce titre réussit à concilier à la fois l’idée de stratification de l’histoire, du passage du temps et de la vitalité retrouvée. Une évocation du cycle perpétuel de la mort et de la vie.

Texte et entretien Jean-Jacques Ader

 

« L’humus du monde » exposition de Sophie Zénon à la galerie Le Château d’eau à Toulouse, du 22 Novembre 2025 au 8 Mars 2026. Publication de « L’herbe aux yeux bleus » aux éditions Païen. Informations : https://chateaudeau.toulouse.fr/

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