Grosse Île
Grosse-Île est située au Québec, au milieu du fleuve Saint-Laurent. Cet îlot est chargé d’Histoire, mais aussi de pleurs, d’angoisse et de beaucoup de courage. En 1832, l’îlot est transformé en lieu de quarantaine face à la montée du choléra en Europe. Des personnes de plusieurs nationalités devront y séjourner, mais les Irlandais seront bientôt les principaux voyageurs à y être accueillis (croix celtique). Les transformations sociales induites par la politique d’enclosure pratiquée par le pouvoir britannique ont créé les conditions favorisant la maladie de la pomme de terre et accentué les inégalités sociales entre les sujets de sa Majesté et les Irlandais catholiques. Expulsés ou poussés par la famine, les Irlandais arriveront par dizaine de milliers sur le nouveau continent . Affamés et gravement malades, ils devront passer par Grosse-Île pour guérir ou mourir. Des milliers n’en partiront jamais. L’Histoire ne doit pas effacer le courage du personnel hospitalier très majoritairement francophone. Notons particulièrement le dévouement des religieuses, qui, animées d’une foi inébranlable, ont soigné au péril de leur vie des milliers et des milliers d’êtres humains encore plus affaiblis par une traversée océanique jamais confortable et toujours éprouvante. Agoniser en balbutiant des mots dans les bras d’une personne d’une autre langue devait être une expérience difficile où la compassion devait se frayer un chemin au-delà des paroles. Mais l’Histoire coloniale ne s’arrêtera pas sur une aussi belle lancée. L’île deviendra, dans le plus grand secret, au cours de la Seconde Guerre mondiale, un laboratoire (dernière image) où l’on fabriquera des produits neurotoxiques. On se débarrassera de tout cela plus tard, en jetant dans les eaux du golfe des tonnes de produits délétères, au mépris de la faune, de la flore et de ceux qui s’en nourrissent. Au début des années 1990, dès mes premiers pas sur l’île devenue accessible, une forte émotion m’a littéralement terrassé. Je n’arrivais pas à chasser de mon esprit des comparaisons avec un camp de concentration. Pourtant, c’était quelque part un camp pour la vie. J’avais oublié ces images que j’ai redécouvertes un peu par hasard. Cet oubli tient peut-être à une sorte de trop plein de l’âme, ou à la présence de fantômes qui s’inscrivent dans chaque objet, chaque planche, je ne sais pas. Ces images, je vous les partage pour le devoir de mémoire.
https://raymondcorriveau.wordpress.com
1 Voir https://www.perplexity.ai/search/peut-on-lier-la-politique-d-en-jBcm5qIAQaGKiQW_Xtt8Ag














