Un titre énigmatique et puissant que celui choisi par Lin Zhipeng, plus connu sous le pseudonyme No. 223. En effet, le silence n’est jamais neutre : tant de choses peuvent s’y insinuer. La retenue, le trouble, la résistance ou encore l’intime… Et cela tombe bien : c’est précisément le thème de cette année au Festival Planches Contact à Deauville.
Dans In the Mood for Love de Wong Kar-wai, le désir se tisse dans le silence entre les personnages – un silence chargé, plus sensuel que n’importe quelle scène explicite. Chez Lin, l’intime n’est jamais énoncé frontalement, et c’est précisément ce qui le rend si puissant. Oui, il photographie des corps nus, mais ils ne se réduisent pas à eux-mêmes : derrière eux s’esquisse une génération en quête d’émancipation, d’amour, de liberté.
Né en 1979 à Guangdong, Lin Zhipeng est l’une des figures majeures de la photographie chinoise contemporaine. Autodidacte, il a forgé depuis le début des années 2000 une œuvre libre, vibrante, résolument à contre-courant des normes sociales et morales de son pays.
À travers une pratique spontanée, il photographie ses amis : leurs corps en mouvement, leurs regards qui s’échappent, les instants de désir, de jeu, de complicité ou d’abandon. Il en résulte des scènes sensibles, parfois provocatrices, souvent drôles.
Celui qui ne sort jamais sans son appareil photo a un mantra simple : « Have fun ». Et c’est exactement ce qu’on ressent face à ses images, un sourire naissant au coin des lèvres.
À Deauville : l’intime, à ciel ouvert
Invité en résidence à Planches Contact, Lin Zhipeng a prolongé à Deauville son exploration du corps nu dans l’espace public. Sur la plage, dans les sous-bois, sept de ses amis et connaissances se sont prêtés au jeu : habiter et vivre le paysage normand. En résulte une série magnifique où la nudité devient un geste poétique et libérateur.
Cette édition marque aussi les vingt ans de carrière de Lin Zhipeng. Parallèlement aux photographies réalisées en résidence et exposées aux Franciscaines, une rétrospective lui est consacrée au Point de Vue, avec une sélection de ses séries emblématiques, dont certaines photographiées en Chine, présentées pour la toute première fois en France.
Deux expositions qui permettent de saisir l’univers et l’ampleur du travail de cet artiste. Un artiste qui, même s’il dit peu de mots (on remarquera que son pseudonyme est d’ailleurs composé de chiffres) dit beaucoup à travers ses images et provoque, ce faisant, mille pensées chez celui qui regarde.
Des silences qui, décidément, en disent long.
Festival Planches Contact 2025
18 octobre 2025 au 4 janvier 2026
planchescontact.fr














