Pour cette seizième édition du Festival Planches Contact, trois projets ont particulièrement retenu mon attention. Trois regards, trois territoires. Ensemble, ils dessinent une cartographie du féminin loin des clichés : l’intime confronté politique chez Myriam Boulos, la réécriture des récits hérités chez Henrike Stahl, le quotidien de jeunes femmes entre ville et ruralité chez Anaïs Ondet.
1. Myriam Boulos, Looking for Tenderness
Photographe libanaise et membre de l’agence Magnum, Myriam Boulos fait dialoguer l’intime et le politique. Son travail suit à la fois l’intimité de sa génération, à travers des sujets comme les fantasmes, avec comme toile de fond les événements récents du Liban : la révolution de 2019, l’explosion du port de Beyrouth, la montée de la violence sociale et économique. C’est d’ailleurs à Beyrouth qu’elle a réalisé sa résidence pour Planches Contact, faisant de cette édition la première à inclure une résidence hors du territoire normand.
Par ses images douces et sensuelles, elle tente de révéler ce “monde en nous” que la société nous apprend à cacher, alors même qu’elle normalise la violence quotidienne. Elle aborde ce sujet dans une démarche collaborative et participative : de sa sœur à sa compagne, en passant par des amies ou des inconnues, chacune de ses modèles choisit comment elle veut être photographiée.
Chaque image semble porter aussi en soit une révolution personnelle, celle d’un droit d’exister, d’aimer, de désirer, de se montrer. Son travail devient ainsi un journal intime collectif, mêlant révolte, désir, vulnérabilité et courage. Un travail essentiel, mais aujourd’hui impossible à exposer au Liban, car il mettrait en danger celles et ceux qu’il montre. D’autant plus précieux, donc, de le découvrir ici à Deauville.
2. Henrike Stahl, La Belle au bois Normand
Quand Henrike Stahl voit sa fille de 13 ans rêver d’être princesse, elle ne cherche pas à briser l’illusion, mais à élargir le champ des possibles : lui donner les clés pour écrire sa propre histoire, sans attendre un prétendu prince charmant.
Ainsi, la photographe allemande a passé sa résidence à explorer plusieurs châteaux normands. Ce ne sont ni leur style, ni leur architecture qui l’intéressaient, mais bel et bien celles et ceux qui les habitent aujourd’hui. Des propriétaires aux profils multiples, qu’elle rencontre, qu’elle interroge, qui l’accueillent dans l’intimité de leur quotidien. Ces personnes ne sont plus forcément héritières de l’aristocratie, mais des femmes et des hommes aux parcours variés, unis par un même rêve : habiter un château. Ses portraits montrent ainsi des figures qui vivent, restaurent, organisent, travaillent ; pour faire tenir ce rêve dans la réalité.
Entre documentaire et univers fantastique, ses images, composées pour beaucoup en découpages et collages, nous donnent l’impression d’observer ces scènes de vie à travers le trou d’une serrure et de participer ainsi à un conte contemporain.
3. Anaïs Ondet, Les filles d’ici
Avec Anaïs Ondet, c’est la Normandie loin des cartes postales dans laquelle on plonge, ces « zones interstitielles », entre campagne et ville. Elle y photographie les « filles du coin », et cherche à saisir leur quotidien, leurs questionnement, leur aspiration.
Avec une touche délicate, Anaïs Ondet explore cette jeunesse féminine, « celle qui n’a pas peur du calme » et ce faisant interroge ce que signifie “être une femme aujourd’hui”, là où l’identité se construit loin des grandes villes.
Ce travail, amorcé à Deauville dans le cadre de Planches Contact, se poursuivra dans d’autres lieux en France. Une manière de montrer que le calme n’est pas l’absence d’intensité, mais une autre manière d’exister.
Festival Planches Contact 2025
18 octobre 2025 au 4 janvier 2026
planchescontact.fr














