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Photoclimat / Petits Frères des Pauvres – Galerie XII : Sacha Goldberger : Solitude augmentée / Daydreams

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Sacha Goldberger : Entre solitude et rêverie

Photographe inclassable, Sacha Goldberger n’a de cesse de brouiller les pistes entre réel et imaginaire. Depuis ses premiers détournements de super-héros jusqu’aux mises en scène baroques de Mamika, son œuvre explore les mythologies collectives en y mêlant toujours une part intime.

Aujourd’hui, il présente coup sur coup deux projets très différents mais profondément liés par leur capacité à questionner notre rapport aux images et à la mémoire.

Avec Solitude augmentée, conçu pour Photoclimat et en collaboration avec l’association Petits Frères des Pauvres, il donne voix et visage à des personnes âgées isolées, dont les « amis imaginaires » prennent vie grâce à l’intelligence artificielle et la réalité augmentée. À travers humour, tendresse et paradoxe, il rappelle que le virtuel ne remplacera jamais la chaleur d’une présence humaine.

Dans Daydreams, exposé à la Galerie XII, il explore une rêverie éveillée aux confins de l’Ouest américain. Déserts saturés de lumière, motels oubliés, apparitions énigmatiques : l’artiste y confronte l’imagerie mythologique de la Californie à ses propres fantasmes intimes. Ici, comme toujours, Goldberger cultive l’ambiguïté, entre mémoire collective et invention personnelle, entre douceur et étrangeté.

Deux projets qui, chacun à leur manière, révèlent l’essence de sa démarche : utiliser la photographie comme un espace de doute, de flottement et de rencontre.

 

Website : www.sachagoldberger.com / Instagram : @sachagoldberger
Actualité :
– « SOLITUDE AUGMENTÉE » 12 septembre au 12 octobre 2025
place de la Concorde à Paris

– DAYDREAMS, du 17 septembre au 29 octobre 2025, Galerie XII – 14 rue des Jardins Saint-Paul Paris IVe

 

Comment est née lidée de donner la parole à ces huit personnes âgées isolées et de transformer leurs mots en une expérience visuelle et immersive ?
Sacha Goldberger : « Solitude augmentée » a été imaginé pour l’association Petits Frères des Pauvres. Il me semblait naturel d’orienter toute la série sur l’humain, la solitude, tout en apportant une touche ludique avec l’intelligence artificielle et la réalité augmentée. Le projet s’est construit petit à petit. Au départ, je pensais que j’allais inventer les amis imaginaires de tous les bénéficiaires des Petits Frères. Puis, dans un deuxième temps, il m’a semblé plus intéressant de leur demander quels étaient leurs amis imaginaires. Lors de la prise de vue, nous avons enregistré leurs envies que j’ai utilisées pour prompter la partie IA des photos que vous pourrez découvrir en réalité augmentée grâce aux Filles du 9 novembre qui se sont occupées de cette partie.

Le projet a été conçu en collaboration avec les Petits Frères des Pauvres. En quoi ce partenariat a-t-il enrichi votre regard et votre manière daborder le thème de la solitude ?
S.G. : J’étais déjà sensible à la solitude des personnes âgées, m’étant occupé de ma grand-mère Mamika pendant des années. C’est sans doute la raison pour laquelle Photoclimat et les Petits Frères m’ont choisi pour cette série. Le shooting a été très touchant, de très belles rencontres. On a pris le temps de passer du temps.

Quest-ce qui vous a le plus marqué dans les confidences de ces femmes et hommes de 77 à 90 ans ?
S.G. : Ils ont tous une histoire, leur histoire. Le point commun que je leur ai trouvé, c’est souvent une histoire d’amour avec l’autre qui s’en va. C’est le cas de Lucille, de Jeanne, de Daniel. J’avoue que ma rencontre avec Daniel a été bouleversante. Il nous a parlé de sa femme, de leur rencontre et du vide depuis qu’elle a disparu. Il lui écrit tous les jours pour lui raconter ce qu’il fait. Il me semble qu’il n’est pas sorti de chez lui depuis plus de six ans… Pour choisir les extraits, nous leur avons demandé avec qui ils aimeraient passer du temps, qui ils rêvaient de rencontrer. Leurs réponses sont toutes surprenantes, parfois drôles, parfois sérieuses, toutes touchantes.

Pourquoi avoir associé leurs récits à des figures emblématiques comme Simone Veil, Jésus, Bruce Lee, Napoléon ou Meryl Streep ?
S.G. : Ce sont leurs mots, leurs envies de rencontres, leurs amis imaginaires. En rien nous n’avons interféré dans leurs réponses.

LIA et la réalité augmentée donnent vie à ces « amis imaginaires ». Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre réalisme et imaginaire ?
S.G. : Il fallait que les amis imaginaires ne soient pas de ce monde, de manière à ce qu’immédiatement on comprenne qu’il s’agit d’amis imaginaires virtuels.

Votre démarche montre que le virtuel ne remplacera jamais la présence humaine. Comment lart peut-il, selon vous, devenir un pont entre isolement et lien social ?
S.G. : J’ai toujours essayé de dénoncer certaines choses par le biais de l’humour et du décalage. Je l’ai fait avec ma grand-mère pour parler du quatrième âge, d’Alzheimer et de la solitude. J’espère que cette série ludique permettra à chacun de prendre conscience que nos aînés ont besoin d’humain, de rencontre. Les écrans prennent jour après jour plus de place dans nos vies, souvent au détriment de nos proches.

La solitude des aînés est souvent invisible. Pensez-vous que la photographie puisse rendre visible ce qui ne lest pas ?
S.G. : Nous avons, grâce à Photoclimat, une tribune pour parler de ce fléau. J’espère l’utiliser au mieux. Si ce projet peut aider à ce que les Petits Frères aient plus de bénévoles, ou que nous allions voir nos proches un peu plus souvent, j’aurai réussi mon travail.

Cette exposition se déroule place de la Concorde. Quelle importance accordez-vous à la dimension publique et accessible de ce lieu ?
S.G. : Je pense que le sujet est tellement important qu’il mérite la place de la Concorde. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos aînés. Nous récolterons à leur âge ce que nous aurons semé. J’espère que la partie virtuelle du projet servira à montrer l’importance du réel et de la rencontre humaine.

Entre technologie et humanité, quelle tension ou complémentarité souhaitez-vous faire ressentir aux visiteurs ?
S.G. : Le projet est très paradoxal. J’utilise le virtuel pour démontrer de façon ludique qu’il n’est pas suffisant et qu’il ne remplacera jamais la rencontre. En passant votre téléphone sur les photos exposées, vous entendrez les témoignages audio des aînés en regardant des images virtuelles froides et sans vie. Comme une rencontre qui ne s’est pas faite. Si vous regardez chaque photo attentivement, vous verrez qu’il n’y a aucune interaction entre les photos réelles et les images virtuelles : personne ne se regarde. Tout le monde reste seul.

Que souhaiteriez-vous que le public retienne de « Solitude augmentée » ?
S.G. : Un peu de tout. Lorsque j’ai fait les séries avec Mamika, ma grand-mère, j’avais régulièrement des messages de gens qui me disaient aller voir plus souvent leurs grands-parents, certains faisaient des photos de leurs aînés pour les mettre en valeur. Je lisais ces messages à ma grand-mère et cela nous remplissait de joie.

Le titre Daydreams évoque une rêverie éveillée. Quest-ce qui vous a conduit à explorer cette frontière trouble entre réalité et imaginaire ?
S.G. : J’ai toujours aimé travailler sur l’imaginaire en photo. J’aime la force des idées dans le cinéma, la littérature, la peinture et évidemment dans la photo. Elle est souvent trop peu présente à mon goût. Daydreams est une série plus intime que mes précédentes, elle fait appel à mon enfance.

Pourquoi avoir choisi lOuest américain, ses déserts et ses motels, pour nourrir vos visions ?
S.G. : Mon père me nourrissait de films américains en noir et blanc, de westerns, de films de guerre américains. J’avoue que cette esthétique a toujours eu une place importante dans mon imaginaire. Lorsque j’ai voyagé à Los Angeles pour mon exposition Alien Love, je suis parti quelques jours pour photographier l’Amérique de mon enfance, celle des films que je regardais. Je me suis servi de ces photos pour faire cette série.

Les personnages de vos images semblent surgir du subconscient. Qui sont-ils pour vous ?
S.G. : Ils ont tous une histoire, un peu comme les personnages de la série Twin Peaks de David Lynch. On y retrouve certaines de mes influences en photographie surréaliste (Man Ray, Lee Miller, Hans Bellmer) mais aussi dans la littérature (Asimov, Philip K. Dick, H. G. Wells), le cinéma (Il était une fois dans lOuest, les films de John Wayne, la série Yellowstone), et évidemment de nombreuses références personnelles. Mon grand-père maternel habitait à Londres où je passais beaucoup de temps, mon grand-père paternel avait un élevage de chevaux. On y retrouve aussi le décalage et l’humour que m’ont transmis ma mère et ma grand-mère Mamika.

Dans vos œuvres, la narration reste ouverte, presque énigmatique. Est-ce une invitation à la projection du spectateur ?
S.G. : Cette série parle de moi et de ma vision du monde, mais elle est suffisamment absurde pour que chacun puisse y retrouver un peu de son histoire.

Vous associez photographie traditionnelle et intelligence artificielle. Comment avez-vous trouvé l’équilibre ?
S.G. : Je trouve que l’intelligence artificielle, lorsqu’elle est utilisée avec précision, est parfaite pour révéler l’imaginaire. Elle ne remplace pas la photo, c’est un élément en plus qui vient nourrir ce que le photographe a dans la tête. Le réel et l’imaginaire sont ensuite assemblés grâce à Photoshop.

LIA vous a-t-elle permis daccéder à des images autrement impossibles ?
S.G. : Je n’aurais pas pu faire cette série sans l’intelligence artificielle. Elle me permet de dévoiler certaines images inconcevables en photographie. Je pense que son utilisation dans ce cadre est un cadeau. En aucun cas elle ne doit remplacer la photographie, mais elle est parfaite pour dévoiler l’imaginaire.

Daydreams joue avec la mémoire collective et le fantasme personnel. Comment articulez-vous ce dialogue ?
S.G. : Le rêve américain fait partie de mes rêves intimes. J’aime cette Californie qui me sort de notre quotidien parfois difficile. C’est, il me semble, le rôle de la littérature, du cinéma et de la photographie.

Lexposition mêle tirages sur papier japonais et une présentation dans le cadre collectif Fiction(s) du réel. Que signifie ce choix ?
S.G. : Tout dans la série doit nous plonger dans un songe. Le choix du papier, de l’encadrement font partie de l’histoire. Ils accompagnent les images dans une vision flottante d’une réalité un peu floue, comme peuvent l’être les rêves.

Quelle place tient le surréalisme dans votre travail ?
S.G. : J’aime le surréalisme, il fait partie de mes influences en peinture et en photographie. J’ai une vision assez surréaliste des choses en général. Cette série fait appel à l’imaginaire, un peu comme de l’écriture automatique.

Quaimeriez-vous que le visiteur ressente en sortant de Daydreams ?
S.G. : Je crois que j’irais vers la douceur d’une rêverie. C’est tout ce que je nous souhaite dans ces périodes troubles.

Propos recueillis par Carole Schmitz

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