Dans le programmation de PhotoBrussels 2026, vous avez peut-être remarqué cette exposition : Robert Mapplethorpe : Leather and S&M Underground/ Herbert Tobias : Portraits.
Nous n’allons pas nous lancer dans une introduction de Robert Mapplethorpe (1946-1989) – son impact est immense, tant à son époque qu’aujourd’hui. Son œuvre oscille en permanence entre beauté et provocation, entre modestie et exuberance, entre sacré et profane, entre sensualité et obscénité.
Car là aussi, nous ne pouvons pas l’ignorer : Mapplethorpe a été déterminant pour le langage visuel homosexuel et pour l’émancipation (visuelle) de l’homosexualité.
Mapplethorpe est arrivé à New York à la fin des années 1960, il a découvert la culture homosexuelle. À partir de 1977, il a commencé à photographier la communauté gay SM dans toute sa crudité. Il a sélectionné 13 de ses meilleures images, qui ont été publiées en 1978 sous le titre Portfolio X en édition très limitée par Lunn (Washington), Miller (New York) et Self (Londres). Le tirage était limité à 25 exemplaires (et 6 AP).
Portfolio X fit immédiatement sensation, et l’artiste ajouta régulièrement des images de cette série à ses expositions. Le débat autour de ces images atteignit son apogée avec la controverse suscitée par l’exposition itinérante The Perfect Moment. Un sénateur conservateur cria son désaccord et demanda la suspension immédiate des expositions. Il s’ensuivit une période d’incertitude pour les institutions organisatrices, qui s’acheva par une descente brutale dans un musée et la saisie des images sous prétexte d’obscénité. Entre-temps, le débat avait pris une ampleur considérable, dans un contexte marqué par l’émancipation et la crise du sida (qui venait de coûter la vie à Robert Mapplethorpe).
Le nom d’Herbert Tobias (1924-1982) ne bénéficie pas de la même notoriété, à tort. Pendant longtemps, il n’était connu que comme la première victime connue du sida en Allemagne…
Tobias était un photographe autodidacte et a été appelé sous les drapeaux à l’âge de 19 ans. Il a pris des photos au front et a déserté à la fin de la guerre. Il est devenu l’apprenti de Willy Maywald à Paris et a ainsi créé ses premières photos de mode et ses premiers portraits. Tobias a constitué le portfolio de Nico (connu pour le Velvet Underground) et a également photographié la jeune Amanda Lear.
Son travail photographique se distingue également par son aspect social, son regard sur la misère sociale. Vous en trouverez quelques exemples dans cette exposition.
Pourquoi faut-il voir cette exposition ?
- Bien que les deux photographes appartiennent à des générations différentes, leurs vies présentent de grandes similitudes.
- Pour les deux photographes, l’appareil photo était un moyen d’accepter leur homosexualité.
- Les deux photographes ont développé un style très personnel et offrent un regard unique sur leur monde.
- Tous deux ont joué un rôle important dans l’émancipation des homosexuels.
- Seuls 25 exemplaires du Portfolio X ont été imprimés, dont 6 Pd’A. Au cours des 15 dernières années, seuls deux exemplaires complets ont été mis sur le marché, cinq se trouvent dans des collections publiques (trois aux États-Unis et deux aux Pays-Bas). Vous pouvez bien sûr consulter toutes les images en ligne, mais la Galerie Eric Mouchet vous offre ici une occasion unique de voir la série complète dans un seul et même espace.
Cette exposition reste un manifeste entre esthétisation et provocation qui revendique la liberté d’expression, hier comme aujourd’hui.
John Devos
Robert Mapplethorpe : Leather and S&M Underground/ Herbert Tobias : Portraits
Jusqu’au 14 mars, du jeudi au samedi, de 11 h à 19 h
Galerie Eric Mouchet
Avenue Van Volxem Laan 333
1190 Forest Bruxelles
https://www.ericmouchet.com/
Johndevos.photo (a) gmail.com














