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Photo Days Paris : Frank Horvat, vu par Valérie Belin : J’aime le strip-tease

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En 1962 Frank Horvat publie J’aime le strip-tease (1). Je ne me rappelle plus exactement comment j’ai connu ces photographies, si je les ai vues dans un magazine ou bien dans le livre lui-même, mais elles sont restées gravées dans ma mémoire parce qu’elles mettent en scène de manière très simple et avec une très grande économie de moyens graphiques trois éléments : l’obscurité, la lumière et le corps. Elles font partie d’une certaine manière de mon « imaginaire photographique », comme aussi par exemple la célèbre Fille au Leica d’Alexandre Rodtchenko, réalisée vers 1934.

Ces photographies de Frank Horvat relèvent pour moi d’une vision typiquement « aristotélicienne », avec une prééminence des qualités sensibles, au sens où elles relèvent plus de la sensation que de la vision proprement dite. On dit qu’Aristote aurait constaté, à l’occasion d’une éclipse du soleil, que les taches lumineuses qui se forment au sol à l’ombre d’une frondaison prenaient la forme d’un croissant. Il en aurait déduit que ces taches étaient en fait des images du soleil et découvert ainsi le phénomène de la camera obscura. C’est cette même lumière, passant au travers des feuilles des arbres, qu’on retrouve aussi dans le Bal du moulin de la Galette de Renoir et dans nombre de peintures impressionnistes. On pourrait dire qu’avec ces photographies de Frank Horvat, on passe donc de la camera obcura à la boite de nuit et qu’on s’y trouve à l’intérieur même pour observer directement ce qui s’y produit, comme livrés à la pure sensation.

C’est après plusieurs années que je me suis rendu compte qu’il y avait un lien entre certaines photographies que je réalisais et ces photographies de Frank Horvat. Lien par le thème, comme par exemple dans les photographies d’artistes burlesques que j’ai réalisées en 2012 (série Bob), mais surtout lien formel, comme dans la série Black-Eyed Susan, que j’ai réalisée en 2010 et dont je présente ici une photographie. J’ai utilisé d’autres moyens, en particulier numériques, mais l’intention est la même : je simule une projection de motifs lumineux à la surface d’un visage, comme si j’avais utilisé un projecteur de diapositives dans la pénombre du studio ou l’éclairage d’une boite de nuit. J’utilise ainsi métaphoriquement le même genre d’artifice lumineux qui est à l’œuvre dans la série Strip-tease.

Cette exposition est donc pour moi l’occasion de rendre hommage à un photographe dont j’apprécie la très grande diversité de son travail, son sens de l’expérimentation et son inventivité – et qui m’a influencée par la mémoire que j’ai gardée de cette série particulière de photographies.

Valérie Belin

 

Photo Days

November 1 – 30, 2021

J’aime le strip-tease

De la camera obscura à la boîte de nuit. Frank Horvat vu par Valérie Belin.

Exposition au Studio Frank Horvat, Boulogne Billancourt

13h-18h / accès libre sur rdv uniquement
reservation@photodays.paris

https://photodays.paris/Frank-Horvat-Studio-Valerie-Belin

www.horvatland.com
www.frankhorvatstudio.co

instagram
@frankhorvatstudio

1 J’aime le strip-tease, Éditions Rencontre, Lausanne, Suisse. Texte de Patrik Lindermohr.

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