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Paris Photo 2025 : Les coups de cœur de Marine Aubenas

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Nul hasard si ‘novembre’ rime avec ‘surprendre’. Et quel meilleur endroit pour se laisser surprendre que les allées infinies du Grand Palais qui abrite en ce moment Paris Photo ? Cette édition est particulièrement dense : 220 exposants, avec, sous l’impulsion de sa directrice Florence Bourgeois, une vraie volonté d’ouvrir la scène à de nouvelles écritures et de nouvelles manières de regarder.
Difficile donc de choisir parmi ces milliers d’images, mais l’exercice l’oblige. Heureusement, ici choisir ne signifie pas renoncer, ou alors juste le temps d’écrire les prochaines lignes. Ouf !

Ma balade débute avec une photographie qui m’arrête net. Ca commence bien! Elle est signée Marilyn Minter et s’appelle Antifreeze. On y voit un visage dissimulé derrière une vitre embuée. En haut on devine le vert des cheveux, vers le bas, le rose s’impose, celui d’une bouche ouverte qui esquisse un baiser. Le traité ? A la fois pop et hyper-réaliste. Un tout qui happe mon regard et m’oblige à un face-à-face de plusieurs minutes, presque hypnotisée.

Quelques mètres plus loin, chez Poetic Space, je découvre la série Doppelopment du photographe Hiroshi Nomura. Sur un même mur, plusieurs images montrent les mêmes deux fillettes – des jumelles à première vue – dans des scènes du quotidien : au parc, dans la rue, dans la salle de bain, endormies dans un lit. Et puis, seul, sur le mur adjacent, le portrait isolé de l’une d’elles. L’ensemble crée un léger vertige : cette image solitaire, confrontée au duo, évoque une absence, une rupture. En tout cas quelque chose qui cloche. Le galeriste m’explique alors que l’artiste utilise sa fille unique comme modèle, puis crée ensuite, par montage d’images, son « double » imaginaire. Un travail touchant sur la perception, l’identité et cette zone trouble où la fiction infiltre le réel.

Troisième arrêt : Sheila Metzner à la Galerie Rouge. Deux photographies de fleurs m’interpellent. Black Tulip et White Tulip lit-on sur les écriteaux. Émanent d’elles une douceur et une sensualité dû notamment à un traité qui donne à l’image un côté presque pictural. J’apprends bientôt qu’il s’agit du procédé Fresson, une impression rare qui sature les couleurs et couvre l’ensemble d’un léger flou. Une impression de scène rêvée, à la fois simple et très maîtrisée. C’est en tout cas le sentiment que j’ai en regardant une autre image de l’artiste, une femme nue de dos, que la galeriste m’a gentiment sorti d’un carton. Sublime !

Je continue chez Cob où la galerie expose comme en 2024, Jack Davison, qui revient cette année à ce qui fonde son travail : le portrait. Réalisée à Londres en trois jours, cette nouvelle série réunit quatre-vingt-sept personnes repérées dans la rue. Davison explore ici le procédé du photopolymer gravure, qui donne à ses images une profondeur presque sculptée. Vous pouvez d’ailleurs admirer l’une d’elles sur l’affiche officielle de la foire. L’installation sur le stand forme un arc de visages, où l’individuel et le collectif se répondent. Un conseil : foncez-y !

Dans la section Voices, j’ai été marquée par les photographies de Felipe Romero Beltrán, présentées par Hatch et Klemms. Le photographe colombien capte ici le temps suspendu de la migration sans jamais la montrer frontalement : objets abandonnés, pièces vides, gestes retenus, regards en suspens… dans l’ombre d’un passage incertain. Cette série, intitulée Bravo, avance par creux et par traces, dans une esthétique qui dit autant la fragilité que la force de celles et ceux qui vivent au bord du fleuve au bord d’un possible.

Bref, tout ça se découvre à Paris Photo, parmi bien d’autres merveilles. A l’année prochaine !

Marine Aubenas

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