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Nice: Cinq études sur le portrait

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Le Théâtre de la Photographie et de l’Image de la Ville de Nice présente jusqu’au 12 mai 2013, un voyage à travers le portrait par 5 photographes venus d’horizons différents : Bertrand Desprez, Marion Gronier, Byung-Hun Min, Patrick Swirc, et Elene Usdin.

Cinq façons de représenter l’autre, et par conséquent son monde, par cinq photographes venus de mondes différents. Au bout du voyage apparaît alors un tableau de ce que nous sommes, de ce qui nous rassemble, de ce qui nous sépare, de ce qui nous fascine. Tel est l’objet du portrait photographique intimement lié à l’histoire de ce médium. Il agit comme un miroir, ne serait-ce déformant. Il est une fenêtre qui s’ouvre sur des champs nouveaux.

Les images de Bertrand Desprez, auteur français confirmé, touche-à-tout génial, sur la jeunesse japonaise illustrent la dualité du portrait. Ces adultes en devenir ne semblent pas si différents de ceux qui peuplent le globe. Ils éprouvent les mêmes désirs, recherchent les mêmes satisfactions, exercent les mêmes activités que bon nombre de petits Français. Il n’empêche. Chacune des images de Bertrand Desprez souligne la culture propre du Japon. Sous les cerisiers en fleurs, au bord de l’eau, dans les campagnes enneigées. A travers ces jeunes seuls, en couple, en bande, c’est un Japon réel qu’il a choisi de sublimer, loin des clichés qui caricaturent trop souvent ce pays.

Dans un autre univers, celui des people, des puissants, des fantasmagoriques, Patrick Swirc, auteur français prolifique et réputé, rend vrais ceux qui font souvent illusion. Il fait tomber le masque, sans violence, sans volonté de nuire, sans abus de pouvoir (car le photographe a le pouvoir de donner une image contraire à celle qu’on pense avoir ou offrir), de personnes qui ont l’habitude d’imprimer la pellicule. On ne sait pas s’il les aime, mais à l’évidence, ce photographe français aime les immortaliser. Chaque portrait devient une icône, ce qui n’est pas étonnant de la part de cet auteur qui adore les vanités.

Elles, rêvent un jour que leurs filles montent le marches de Cannes, arpentent la scène d’un Olympia ou peut-être encore plus, passent à la télé et se fassent demain photographier par la star du portrait des stars, Patrick Swirc ! Elles, ce sont les mères des mini-miss que Marion Gronier a photographiées dans le Nord de la France. Sur un fond pailleté, cette jeune auteure française, lauréate de la résidence BMW au musée de la photographie de Châlon-sur-Saône a placé côte à côte, ou face à face, la mère et sa progéniture. Le dyptique est cru. L’enfant est maquillé, coiffé, déguisé par sa maman qui l’a inscrite à l’un des innombrables concours de beauté qui pullulent dans cette région. Concours organisés par des jeunes mères élevées à la télé-réalité. A travers la mini miss Pyjama ou la mini miss Mille et Une Nuits, ce sont elles qui se révèlent et qui accomplissent un peu leur rêve de célébrité temporaire… On ressent le désir de changer de monde pour oublier le temps d’un après-midi, un quotidien assombri par les difficultés de la vie. Marion Gronier a titré sa série « I am your fantasy », je suis ton merveilleux, maman.

Le merveilleux n’est pas toujours multicolore, habillé de strass. Il peut être à l’image des portraits de femme de Byung-Hun Min gris, silencieux, enveloppé dans une sorte de brouillard qui fait office de frontière entre mondes réel et irréel. Rarement montré en France, cet artiste coréen, véritable maître dans son pays, est représenté par la Galerie Particulière à Paris, qui lui a consacré en 2012 une importante rétrospective. Ses portraits ne portent pas de titre. Ils montrent des femmes dont la nudité se dévoile dans une grande pudeur, une grande prudence pourrait-on dire. Chaque photo semble avoir requis une longue attente, une préparation méticuleuse. Byung Hun Min tire personnellement chacune de ses photos, sur des papiers différents mais toujours soyeux, selon l’image. Chaque photo est donc un objet. Un objet de désir, singulier dont le photographe maitrise tout le processus. Il ne travaille qu’en noir et blanc. Son raffinement est extrême, comme son souci d’épurer au maximum. Une élégance toute asiatique, qui laisse croire que ses images sont réalisées à l’aquarelle.

Elene Usdin, jeune talent français, a débuté avec ce qu’elle avait sous la main. C’est à dire elle. Un modèle économe, malléable, corvéable qui lui permet aussi de s’accepter telle qu’elle était. Avec ses autoportraits, elle économise donc un psy et un mannequin. Et peut laisser cours à toute son imagination. Chaque série lui donne l’opportunité d’être une autre. Une princesse, une soubrette, une lampe de chevet, une créature des bois, une poupée… Elene Usdin ne montre jamais son visage dans ses images. Il est masqué, coupé, dissimulé par une main ou par de folles herbes. Elle seule doit pouvoir se reconnaître. Aux autres d’imaginer de quoi elle a l’air vraiment. Elle est le miroir et la fenêtre.

Stéphane Brasca

Portrait croisés
Photographies de Bertrand Desprez, Marion Gronier, Byung-Hun Min, Patrick Swirc et Elene Usdin
Commissaire de l’exposition: Stéphane Brasca
Du 23 février au 12 mai 2013
Théâtre de la Photographie et de l’image Charles Nègre
27, boulevard Dubouchage
06000 Nice
France
Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi
Entrée Libre

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