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Mon Beau Jury par Thierry Maindrault

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Chronique Mensuelle de Thierry Maindrault

Il est toujours beau sur le papier. Je peux même confirmer qu’ils sont d’autan plus beaux qu’ils deviennent pléthores nos Jurys photographiques actuels. Sans que nous y soyons attentifs, des concours photographiques ce sont installés à tous les coins de rues. La moindre activité économique est devenue un «sponsor» autorisé d’une compétition de photographies. Alors que la véritable image photographique ne se vend plus et que les professionnels -les vrais- tirent le diable par la queue, la Photographie fait vendre. A défaut de l’image produite, c’est la notion de photographie qui a le vent en poupe. Les concours et les attributions de distinctions sont devenus tellement nombreux que certains sites de photographes, aussi illustres qu’inconnus, affichent plus de récompenses que d’œuvres photographiques. Cela n’a aucune importance car ce qui se rend essentiel, à ce jour, n’est ni l’œuvre ni son auteur … l’identité du sponsor s’impose comme incontournable. Même les récompenses, historiquement de grande notoriété et parfois attribuées par des manifestations cultes ou des entités publiques, se retrouvent maintenant adossées à une marque. Aucun sectarisme, du parfum de luxe aux plats cuisinés, de la banque d’affaires aux véhicules automobiles, du champagne (à consommer avec modération d’après les règlements de nos concours !) aux matériels photographiques, du centre commercial aux agences de voyages ; tout ce petit monde se précipite pour payer : la maigre gratification au lauréat, les frais de la communication liés à l’événement qui martèlent l’implication de leur grand cœur bénévole, la mise à disposition de locaux et/ou de leurs productions, la rémunération des organisateurs et celle des personnes sollicités pour garantir l’honnêteté de l’action, etc. Tout cela coûte une fortune à notre mécène me direz vous ? Détrompez vous ! L’investissement global représente souvent moins d’un dixième du coût d’une autre méthode de communication pour obtenir un résultat semblable en terme de notoriété et d’image. Charitablement, je laisse de côté les petits malins qui réussissent à défiscaliser une partie des débours et ceux, en sus, qui couvrent des frais du concours en faisant payer les candidats.

L’ambiance et le contexte sont affichés.

J’ai eu et j’ai encore l’occasion, depuis quelques années, d’être invité à participer, voire à présider, quelques Jurys. Mon propos est donc, avec une certaine hauteur de vue décomplexée de vous initier à cette activité et à ses règles qui demeurent, pour ce qui me concerne : la rigueur, la compétence, la clarté, l’autonomie, la qualité, l’impartialité et l’indépendance. Que nenni ! En deux décennies, -sûrement un coup du changement de millénaire-, les non règles se sont imposées. Petite promenade dans les nouveaux Jurys …

Il en survit quelques uns de ces Jurys traditionnels avec leur renom ; mais, rarement “has been”dans leurs délibérés très souvent d’avant garde. Ces compositions d’une dizaine de membres au minimum sont équilibrées avec une moitié de véritables compétences avérées concernant la Photographie et un solde de jurés choisis pour leur proximité avec la thématique éventuelle ou avec le milieu environnemental abordé. Toutes les œuvres sont traitées dans l’anonymat absolu en trois étapes. Une présélection par des notations individuelles d’élimination qui sont compilées techniquement. Une sélection en commun des finalistes toujours par notation. Arrivées à ce stade toutes les œuvres retenues peuvent prétendre à la plus haute marche du podium. Enfin, une réelle délibération animée par un président à l’écoute et surtout capable d’amener une décision collective définitive. Ces Jurys sont en voie de disparition sauf un réveil salutaire et urgent des esprits et des candidats.

Le Jury de l’organisateur qui est souvent un festival réputé ou une association prestigieuse piloté par un président ou un directeur prépondérant. Il est de bon ton de maintenir la tradition de la meilleure image ou du meilleur auteur (!) à récompenser lors de la manifestation. L’équation est plutôt simple avec environ six jurés affichant un Nom (peu importe lequel) qui babillent sur les dernières indiscrétions autour d’un dîner chic, avant de valider entre le dessert et le café, le choix de l’organisateur. Si par inadvertance le Jury avait naïvement envisagé un autre choix, il est instamment prié de réexaminer certaines œuvres et surtout de revoir son choix.

Le prix spécial de «çà c’est bien vrai» ou de «What Else !» est attribué par un Jury bilame. D’un côté le Président du Groupe mécène (ou son conjoint ce qui d’ailleurs ne garantit pas un goût plus pertinent), le directeur marketing qui pendant toute la délibération aura ses courbes d’impact sur les ventes dans la tête et le responsable des relations publiques ou l’attaché de presse qui sera enfermé dans son : «mais comment je vais vendre ce truc là aux média ? ». Pour l’autre face de l’équipage deux ou trois célébrités qui passent à proximité et qui profitent de l’aubaine pour montrer qu’elles existent encore parmi nous.

Les Jurys de la Gloire. Ne vous y trompez pas, il est mille fois plus important d’être membre de ces Jurys que d’en recevoir une distinction. Il y a foule au portillon pour siéger dans la docte assemblée et surtout pour le faire savoir urbi et orbi. Vous y côtoyez le Maître qui s’y affirme par ses propos photochromiques en évitant de vous aviser qu’il est quelque peu daltonien. Peu importe le thème, peu importe le sujet, peu importe les œuvres présentées, pourvu que l’impétrant juré puisse clamer qu’il en était.

Il est inévitable de vous parler de ces petits Jurys très fermés des entre-soi. Ces Jurys rituels ce sont installés au fil du temps avec la mode de la photographie. Ces Jurys là nous les connaissions déjà très bien dans les autres secteurs artistiques. Les jurés sont toujours les mêmes directeurs de galeries, conservateurs de musée, directeurs de festivals, commissaires d’expositions (ces derniers sont souvent les mêmes que les trois premiers qui cumulent). La plupart se considèrent plus comme des Juges qui se proclament volontiers possesseurs du savoir. Vous comprendrez vite que le prix ne peut-être attribué qu’à l’un de leurs “poulains”. Le business se partage alors d’une année sur l’autre, d’un prix à un autre. Les lauréats, montés en épingle, sont issus de telle ou telle écurie à tour de rôle. Peu de place disponibles pour les intrus, sauf s’ils font scintiller les media et l’actualité.

Malgré vos sourires, je vais limiter ma prose ; pourtant ce coup d’œil n’est pas exhaustif. Ils deviennent chaque jour plus nombreux nos beaux Jurys de la Photographie ; mais, je préférerai que les distributions de médailles, souvent “chocolatées”, soient beaucoup moins nombreuses avec des Jurys compétents et impliqués dans leur décision.

Si demain chaque membre d’un Jury peut avoir accès au règlement de la compétition et prendre le temps de le lire. Si chaque membre veut bien faire la nuance entre porter un jugement et extraire un travail au plus près des critères définis par l’organisateur. Si chaque membre a l’humilité de considérer que ce sont les œuvres qui sont l’essentiel et non pas ses propres certitudes.

Objectivement, le paradis de la Photographie ne serait plus si loin.

11 juin 2021

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chroniques@maindrault.art

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