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Marvin Heiferman: Repenser la photographie

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L’ensemble de textes illustrés compilés par Marvin Heiferman est a lire comme une somme de témoignages pertinents, touchants, inquiétants, poétiques et scientifiques dans lesquels on pioche par thème ou selon une curiosité aléatoire. Pendant deux ans, le commissaire et critique américain a collecté des histoires d’images auprès de personnes qui en font une expérience différente. A travers cette variété d’interlocuteurs, il libère la photographie de sa définition réductrice – artistique ou informative – pour la rendre a ses enjeux commerciaux, sociaux, politiques, culturels et personnels. Dans un monde saturé d’images, il rappelle leur irrépressible pouvoir de « nous engager visuellement, neurologiquement, intellectuellement, émotionnellement, viscéralement, physiquement« . Le livre est divisé en six sections relatives a l’impact de la photographie, au changement qu’elle impose sur ce que nous voulons, ce que nous voyons, ce que nous sommes, ce que nous faisons, ou nous allons et ce dont nous nous souvenons. Chaque chapitre est reconnaissable selon un code couleur emprunté aux variations du spectre de la lumière et introduit par un sommaire résumant les différentes interventions sur le sujet. A l’opposé d’un essai linéaire classique, ce livre est un puzzle a reconstruire selon son inspiration, chaque argument complétant le suivant sans qu’il soit besoin de les aborder chronologiquement. Le graphisme favorise cette lecture sélective et le sens, ouvert, prend forme texte après texte, suivant le rapport que le lecteur entretient avec l’image photographique.
J’ai commencé par le poème de Jim Moore (p. 133), que sa femme Joann Verburg a photographié endormi pendant des années :
« When I wake
you’ve moved the gladioli behind my pillowed head.
Arms crossed over my chest, I feel refreshed and calm,
as if, waking at my own funeral, I find that death is simple,
not like life at all.
 »
(Quand je me réveille tu as déplacé les glaïeuls derrière mon oreiller. Les bras croisés sur ma poitrine, je me sens régénéré et calme, comme si, me réveillant a mon propre enterrement, je trouvais la mort simple, pas du tout comme la vie. »)
A suivi le psychologue Jeff Sandoz (p. 240), qui affirme le pouvoir de la mémoire eidétique avec l’exemple d’un docteur atteint d’Alzheimer maintenant ses repères dans sa vie quotidienne grâce un inventaire photographique de ses expériences. Puis l’anthropologue Elizabeth Edwards (p. 121), qui illustre la polysémie des images en fonction de leur audience et de leur auteur en une seule photographie, décomposée en 5 000 signes (840 mots). J’ai continué avec Fred Ritchin (p.c177), qui, a propos du photojournalisme citoyen, constate : « Nous allons probablement devoir nous habituer a voir des douzaines, même des centaines de photographies et vidéos faites par des citoyens et mises directement en ligne. Toutes ces images demanderont davantage aux lecteurs et aux spectateurs, qui devront les trier pour comprendre ce que cette masse d’images non éditée veut dire. Toutes ces images rendront également plus difficile d’accuser a tort une image d’être truquée. »
Je vous laisse le choix de l’ordre dans lequel vous découvrirez les cent autres témoignages.

« Photography Changes Everything »
Edité et introduit par Marvin Heiferman
Préface de Merry A. Foresta
Editions Aperture
Co-publié par Smithsonian Institution
264 pages
$39.95/£25.00

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